Depuis quelque temps, le débat public mauritanien semble s’éloigner des préoccupations essentielles des citoyens, privilégiant des polémiques inutiles, des divisions communautaires et des calculs politiques liés à des échéances encore lointaines. Pourtant, il est important de rappeler une réalité simple : le Président de la République, Son Excellence Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, n’en est qu’à la moitié de son second mandat. Il ne faut donc pas se laisser distraire par des querelles de succession ou des rivalités prématurées, mais plutôt se concentrer sur l’évaluation des engagements pris et sur l’accélération de leur mise en œuvre.

Notre pays doit faire face à de nombreux défis : les séquelles sociales et économiques de l’esclavage, la pauvreté encore présente dans une partie importante de la population, les effets du changement climatique sur nos ressources naturelles, les tensions sécuritaires dans la région sahélienne, les flux de réfugiés et de migrants, ainsi que les attentes croissantes d’une jeunesse en quête d’emploi et de perspectives. Ces enjeux doivent mobiliser toutes nos énergies nationales.

En face de ces défis, les divisions communautaires ne constituent pas une solution, mais un obstacle au développement, à la cohésion sociale et à la construction d’une citoyenneté fondée sur l’égalité des droits et des devoirs. Chaque heure consacrée à entretenir ces fractures est une heure perdue dans la lutte contre la pauvreté, l’amélioration de l’éducation, le renforcement du système de santé ou la création d’opportunités économiques.

La Mauritanie ne pourra progresser que si elle parvient à rassembler ses forces autour d’un projet national partagé. Ce projet ne peut être porté par l’État seul : il nécessite la mobilisation des collectivités territoriales, du secteur privé, des partenaires au développement, mais surtout d’une société civile forte, indépendante, organisée et responsable.

Longtemps considérée comme un simple acteur d’accompagnement, la société civile doit aujourd’hui être reconnue comme un partenaire stratégique de l’action publique, compte tenu des exigences de bonne gouvernance. Son rôle ne se limite pas à l’exécution de projets ou à la sensibilisation des populations : elle doit participer à la conception des politiques publiques, au suivi de leur mise en œuvre, à l’évaluation de leurs impacts et au contrôle citoyen des engagements des institutions.

Une démocratie moderne ne se limite pas à la tenue régulière d’élections ; elle se mesure aussi à la capacité des citoyens à participer aux décisions qui les concernent, à demander des comptes aux responsables publics et à contribuer à l’amélioration continue des politiques publiques. La société civile constitue ainsi un instrument essentiel de dialogue entre citoyens et institutions.

Le Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a placé au cœur de son projet politique les valeurs d’équité, de justice sociale, de proximité avec les citoyens et de modernisation de l’action publique. Ces objectifs ne seront pleinement atteints que par une implication accrue des organisations de la société civile dans le suivi des programmes étatiques. Les associations, organisations communautaires, coopératives, syndicats, structures de jeunesse et de femmes détiennent une connaissance du terrain précieuse, souvent inégalée par d’autres institutions, et jouent un rôle clé dans la remontée des difficultés rencontrées par les populations, notamment dans les zones reculées.

Dans un contexte aux ressources limitées et aux besoins immenses, la transparence doit devenir une culture de gouvernance. Les citoyens ont le droit de savoir comment sont utilisées les ressources publiques, quels résultats sont obtenus et quels obstacles subsistent. Cette exigence ne menace pas l’administration ou les responsables publics, elle en est un levier de performance et de confiance.

Le contrôle citoyen n’est pas une opposition systématique, mais un pilier de la bonne gouvernance. Il permet d’identifier les insuffisances, de corriger les erreurs et d’améliorer l’efficacité des politiques publiques. Les pays qui ont réussi leur développement sont ceux qui ont compris que la participation citoyenne renforce l’État plutôt qu’elle ne l’affaiblit.

Monsieur le Président, l’histoire retiendra moins les discours que les résultats. Elle valorisera la capacité des institutions à transformer leurs engagements en réalisations concrètes pour la population, ainsi que l’instauration d’une gouvernance ouverte, transparente, responsable, équitable et participative.

La Mauritanie a aujourd’hui besoin de davantage de dialogue que de confrontation, de citoyenneté plutôt que de communautarisme, de travail efficace plutôt que de polémiques stériles. Notre pays dispose de toutes les ressources humaines et de tout son potentiel. Il lui faut un cap clair, des institutions solides et une mobilisation collective autour des véritables priorités nationales.

Au lieu de préparer les batailles politiques de demain, concentrons-nous sur la résolution des problèmes d’aujourd’hui. Au lieu d’alimenter les divisions, renforçons l’unité nationale. Au lieu de réduire la société civile au silence, donnons-lui toute sa place dans le contrôle, le suivi et l’amélioration de l’action publique.

Une Mauritanie plus juste, plus prospère et plus stable ne pourra être bâtie que par des citoyens engagés, des institutions responsables et une société civile pleinement impliquée dans le développement du pays. C’est en respectant ces principes que nous pourrons laisser aux générations futures un pays réconcilié avec lui-même, fier de sa diversité et résolument tourné vers l’avenir.

Mohamed BNEIJARA

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