La publication d’une pétition signée par 242 personnalités mauritaniennes, appelant à une reconnaissance accrue sur les plans politique, économique et social de la composante haratine, intervient dans un contexte particulièrement sensible où les questions d’identité, d’équité et de justice sociale occupent une place croissante dans le débat public.

Au-delà des revendications exprimées par ses signataires, cette initiative révèle surtout un malaise profond, qui s’exprime depuis plusieurs mois avec une intensité croissante sur les réseaux sociaux. Les débats, parfois passionnés et polarisés, alimentent des tensions entre différentes sensibilités de la société mauritanienne. Si ces fractures ne sont pas prises en charge avec responsabilité, elles risquent d’affaiblir progressivement la cohésion sociale, l’un des piliers essentiels de la stabilité nationale.

Cette pétition intervient à un moment où beaucoup s’interrogent sur la mise en œuvre des engagements pris par le Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani lors de son accession au pouvoir. Son projet de société mettait en avant la nécessité de réconcilier le pays, de promouvoir la justice sociale et de dépasser les divisions héritées du passé.

Le Président affirmait notamment sa volonté de bâtir une Mauritanie capable de « dépasser les survivances de traditions et coutumes ancestrales, dont certaines sont en contradiction avec les progrès universels en matière de droits humains ». Il appelait à « un élan sincère de concorde, de fraternité et d’acceptation de l’autre », afin de renforcer une cohésion nationale où chaque citoyen contribue à l’enrichissement collectif.

Plus encore, le Chef de l’État s’était engagé à mener « une action d’envergure pour éradiquer définitivement les séquelles de l’esclavage, panser les plaies laissées par le passif humanitaire et résorber toutes les formes de discriminations sociales ». Il reconnaissait aussi que la pauvreté multidimensionnelle, les inégalités et les obstacles à la pleine participation de certaines catégories de la population constituaient des freins majeurs au développement du pays.

Ces engagements avaient suscité un grand espoir parmi de nombreux Mauritaniens, la vision présidentielle étant largement saluée pour son ambition de rassembler la nation autour des valeurs de justice, d’égalité des chances et de citoyenneté.

Cependant, plusieurs observateurs estiment aujourd’hui que cette vision peine à se traduire par des réformes concrètes et structurantes. Si des progrès ont été réalisés dans certains domaines sociaux, les attentes restent fortes concernant la résolution des séquelles de l’esclavage, le traitement du passif humanitaire, l’accès équitable aux responsabilités publiques et la lutte contre toutes les formes de discrimination.

La pétition des 242 personnalités ne doit pas être perçue uniquement comme une revendication catégorielle. Elle constitue aussi l’expression d’un besoin urgent d’accélérer la concrétisation des engagements déjà pris par l’État.

Par ailleurs, la multiplication des discours de confrontation sur les réseaux sociaux appelle à la vigilance. Ces plateformes deviennent de plus en plus des espaces où se répandent accusations, frustrations et discours excessifs, alimentant les incompréhensions entre les différentes composantes nationales. Si cette évolution n’est pas encadrée par des espaces de dialogue et d’écoute, elle risque de fragiliser encore davantage le vivre-ensemble.

Face à cette situation, il appartient aux autorités publiques de privilégier le dialogue, de renforcer la confiance avec tous les acteurs concernés et de poursuivre, avec davantage de visibilité et de détermination, les réformes visant à garantir l’égalité de tous les citoyens devant les institutions et les opportunités de développement.

L’histoire récente montre que la stabilité de la Mauritanie repose largement sur sa capacité à préserver son unité dans le respect de sa diversité. Les défis liés à la cohésion sociale ne peuvent être ni ignorés ni différés. Ils nécessitent des réponses politiques, économiques et sociales à la hauteur des attentes exprimées par la population.

La vision du Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani demeure, sur le fond, un cadre de référence important pour bâtir une société plus juste et plus inclusive. Le véritable défi aujourd’hui est de transformer cette vision en réalisations concrètes, perceptibles par l’ensemble des composantes nationales. C’est ainsi que la Mauritanie pourra durablement renforcer son unité, restaurer la confiance entre ses citoyens et faire de sa diversité un véritable atout pour son développement, plutôt qu’un facteur de division.

Mohamed BNEIJARA

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *