Médicaments vendus sur les réseaux sociaux: l’État doit protéger les Mauritaniens face à un nouveau danger sanitaire

Lorsque Facebook, TikTok, Instagram ou les applications de messagerie deviennent des pharmacies clandestines, le problème dépasse le cadre commercial: il devient une question de santé publique, de sécurité sanitaire et de responsabilité de l’État.

La relation entre l’État et ses citoyens ne se limite pas à la gestion des affaires publiques: elle repose avant tout sur l’obligation de protéger les citoyens contre les risques qui peuvent mettre leur vie, leur santé et leur sécurité en péril.

En Mauritanie, un phénomène inquiétant prend de l’ampleur et exige une réaction plus ferme des pouvoirs publics: la vente et la promotion de médicaments et de produits présentés comme thérapeutiques sur les réseaux sociaux.

Parcourir Facebook, TikTok, Instagram ou certains groupes de messagerie permet parfois de voir émerger des annonces proposant des produits censés traiter l’hypertension, le diabète, des maladies de la prostate, l’infertilité, le cancer, des douleurs chroniques, ou d’autres affections graves.

Plus inquiétant encore, certains vendeurs affichent publiquement leurs numéros de téléphone, leurs coordonnées et leurs offres, parfois en toute impunité. Pour le citoyen peu averti, cette visibilité peut donner l’impression qu’il s’agit d’une activité officiellement autorisée.

C’est exactement là que réside le danger.

Quand le réseau social devient une pharmacie sans contrôle

Un médicament n’est pas une marchandise ordinaire. Sa composition, son dosage, ses conditions de conservation, son origine, son efficacité et ses effets indésirables peuvent avoir des conséquences directes sur la vie d’un patient.

Lorsqu’un produit pharmaceutique échappe aux circuits réglementaires, personne ne peut garantir au consommateur qu’il contient bien les substances annoncées, qu’il a été correctement conservé ou qu’il provient d’un fabricant identifiable.

Il peut s’agir d’un produit falsifié, contrefait, non enregistré, mal conservé, périmé, ou d’une substance dont la composition réelle est inconnue.

Le risque est d’autant plus élevé lorsque le vendeur prétend traiter des maladies graves comme le cancer, le diabète ou l’hypertension. Le patient peut abandonner ou retarder un traitement efficace au profit d’un produit présenté comme un « remède miracle ».

Le problème n’est donc pas seulement la vente d’un produit illégal: c’est le risque de perdre une chance thérapeutique, d’aggraver une maladie et, parfois, de mettre directement une vie en danger.

La Mauritanie ne peut pas laisser prospérer un marché parallèle de la santé

La Mauritanie dispose d’un cadre réglementaire destiné à protéger la population. La loi n°2010-022 du 10 février 2010 relative à la pharmacie fixe les règles relatives aux médicaments, aux produits de santé et à l’exercice de la pharmacie.

Récemment, les pouvoirs publics ont renforcé leur lutte contre les médicaments contrefaits et falsifiés, notamment par des mesures de traçabilité, de contrôle de l’origine et de la circulation des produits. Le ministère de la Santé a rappelé en 2025 l’importance du contrôle des différentes étapes de la chaîne du médicament.

En juillet 2026, les efforts autour du système d’autorisation de mise sur le marché (AMM) ont été intensifiés pour garantir que les médicaments commercialisés en Mauritanie soient sûrs, efficaces et de qualité. Un médicament doit obtenir une AMM avant d’être commercialisé, distribué ou cédé gratuitement sur le territoire national.

Dès lors, une question simple s’impose: si les circuits physiques font l’objet de contrôles, pourquoi les circuits numériques devraient-ils devenir une zone de non-droit?

Le numérique ne doit pas devenir le refuge du commerce pharmaceutique clandestin

Les réseaux sociaux ont profondément transformé le commerce. Mais la transformation numérique ne doit pas entraîner la disparition des règles sanitaires.

Facebook, TikTok, Instagram, WhatsApp ou toute autre plateforme ne devraient pas devenir des espaces où n’importe qui peut promouvoir et vendre des médicaments comme s’il s’agissait de vêtements, de téléphones ou de produits alimentaires.

Un médicament vendu en ligne reste un médicament.

Le changement de canal de communication ne modifie ni sa nature ni les risques qu’il représente, ni les obligations de contrôle qui doivent l’accompagner.

Il est donc urgent que les autorités mettent en place un dispositif spécifique de veille du commerce pharmaceutique numérique, permettant d’identifier les vendeurs, de vérifier les produits proposés, de fermer les comptes utilisés pour la commercialisation illégale et, lorsque les faits le justifient, de transmettre les dossiers aux autorités judiciaires compétentes.

Une responsabilité qui concerne toute la chaîne sanitaire

Cette lutte ne peut pas reposer uniquement sur le ministère de la Santé. Elle doit mobiliser l’ensemble des acteurs concernés: autorités sanitaires, structures de contrôle, professionnels de santé, Ordre des pharmaciens, Ordre des médecins, forces de sécurité, autorités judiciaires et, lorsque nécessaire, les plateformes numériques elles-mêmes.

La vigilance doit également concerner les professionnels de santé. Lorsqu’un médecin, un pharmacien ou tout autre professionnel découvre une activité manifestement illicite mettant en danger les patients, le silence ne peut pas devenir la règle.

Protéger la santé publique exige une culture du signalement, de la vigilance et de la responsabilité.

Il ne s’agit pas de remettre en cause tous les professionnels de santé ni de transformer chaque publication en infraction. Il s’agit d’assurer le respect d’une règle simple: nul ne doit exploiter la vulnérabilité d’un patient pour lui vendre, sans contrôle, un produit présenté comme un médicament.

L’État doit reprendre l’initiative

Face à cette situation, les pouvoirs publics devraient envisager plusieurs mesures concrètes:

  • Mettre en place une cellule ou un mécanisme permanent de veille sur les réseaux sociaux pour identifier les annonces de médicaments et de produits thérapeutiques suspects.
  • Créer un dispositif simple permettant à tout citoyen de signaler un vendeur ou un produit suspect, via un numéro ou une plateforme officielle.
  • Renforcer le contrôle des produits proposés en ligne et vérifier systématiquement leur enregistrement, leur origine, leur composition et leurs conditions de conservation.
  • Engager un dialogue avec les plateformes numériques pour faciliter le retrait rapide des annonces manifestement illicites et dangereuses.
  • Appliquer effectivement les sanctions prévues par le cadre légal lorsque les infractions sont établies.
  • Lancer une campagne nationale d’information pour rappeler aux citoyens qu’un médicament ne doit pas être acheté auprès d’un vendeur anonyme sur les réseaux sociaux.

Protéger le citoyen, c’est aussi protéger le patient contre lui-même

Le patient est souvent une personne vulnérable. Lorsqu’il souffre, il cherche une solution rapide et peut être séduit par des promesses de « naturel », « garanti », « sans effets secondaires » ou « guérissant plusieurs maladies à la fois ».

Cette vulnérabilité est exploité par certains vendeurs.

L’État ne peut se contenter de rappeler aux citoyens d’être prudents: cette prudence doit être complétée par la vigilance de l’État.

La lutte contre les médicaments falsifiés et les ventes en ligne ne doit pas viser à sanctionner tous les professionnels de santé ni à criminaliser chaque publication. Elle vise à assurer que nul n’utilise la fragilité du malade pour lui vendre, sans contrôle, un produit présenté comme médicament.

L’État doit prendre l’initiative et agir désormais.

Mohamed BNEIJARA

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *