À mi-parcours du second mandat, les partis politiques doivent-ils d’ores et déjà songer à la prochaine élection présidentielle ?

Dans une démocratie, le calendrier politique ne doit jamais primer sur le calendrier de l’État. Alors que la Mauritanie poursuit la mise en œuvre des engagements du second mandat du Président de la République, Mohamed Cheikh El Ghazouani, une question mérite d’être examinée avec sérénité: est-il vraiment opportun que les partis politiques entament dès à présent une projection vers une nouvelle campagne présidentielle alors que le mandat actuel n’a pas encore atteint sa moitié ?

Il ne s’agit pas d’un débat sur la liberté politique, qui est garantie par la Constitution. Il est question de responsabilité, de discipline institutionnelle et du respect des priorités nationales.

Ce que dit la Constitution : le Président est le garant de la continuité de l’État

La Constitution mauritanienne, telle que révisée en 2017, précise les prerogatives du Président de la République.

L’article 23 le place au cœur de l’État en tant que chef de l’État. L’article 24 lui confère une responsabilité majeure: il est gardien de la Constitution, garant de l’unité nationale et arbitre du fonctionnement régulier des pouvoirs publics, tout en veillant à l’indépendance et à l’intégrité du territoire.

L’article 25 précise que le Président exerce le pouvoir exécutif et préside le Conseil des ministres.

L’article 30 lui confère, entre autres, la responsabilité de déterminer et de conduire la politique étrangère ainsi que les questions de défense et de sécurité. Il lui revient également de nommer le Premier ministre et, sur proposition de celui-ci, les ministres.

Ces dispositions ne constituent pas de simples formules protocolaires: elles expriment une conception de l’État où le Président occupe une place centrale dans la conduite des grandes orientations nationales et dans la stabilité des institutions.

Son mandat doit être envisagé comme une période de travail, de transformation et de mise en œuvre des engagements pris devant le peuple.

Le rôle des partis politiques : accompagner, contrôler, proposer

La démocratie ne se résume pas à l’action du Président. Les partis politiques ont une mission essentielle: représenter les citoyens, faire émerger les préoccupations sociales, formuler des propositions, participer au débat public, former les cadres et contribuer à l’animation de la vie démocratique.

Mais un parti responsable ne doit pas confondre mobilisation permanente et gouvernance de l’État. Les partis qui soutiennent l’action du pouvoir portent une responsabilité particulière: ils doivent contribuer à la mise en œuvre des orientations présidentielles, expliquer les politiques publiques, relayer les préoccupations du terrain et accompagner les réformes. Ils ne devraient pas transformer chaque déplacement, chaque rassemblement ou chaque activité politique en pré-campagne électorale.

Attention à la campagne présidentielle permanente

Aujourd’hui, la préoccupation majeure ne devrait pas être de savoir qui sera candidat demain, mais bien ce que nous voulons accomplir pour la Mauritanie aujourd’hui.

Les défis tels que la pauvreté, l’emploi des jeunes, l’inclusion des femmes et des populations vulnérables, l’éducation, la santé, l’accès à l’eau et à l’électricité, la sécurité alimentaire, le développement local, l’environnement, la transformation économique et le renforcement de la cohésion sociale exigent une mobilisation politique soutenue.

À quoi servirait-il d’affirmer une majorité politique si celle-ci consacre davantage d’énergie à préparer les échéances futures qu’à accompagner les politiques publiques en cours ?

La majorité devrait gouverner avec responsabilité; l’opposition, contrôler avec exigence; les partis, proposer avec discernement. Telle est, en substance, la démocratie.

Veiller à ne pas instrumentaliser l’appareil politique et administratif

Un risque plus préoccupant subsiste: celui d’une transformation progressive des structures partisanes en instruments de positionnement personnel et de compétition anticipée. Lorsque l’action politique devient essentiellement l’occasion de démontrer sa loyauté, de manifester sa proximité avec les décideurs ou de préparer une succession qui n’est pas à l’ordre du jour, les institutions et les ressources publiques peuvent être détournées de leur véritable finalité.

La politique doit rester au service de l’État et du citoyen, et non l’État au service d’intérêts personnels. La Constitution rappelle d’ailleurs que les institutions doivent fonctionner dans le respect de la loi et de la continuité de l’État.

Le Président doit disposer du temps nécessaire pour conduire son programme

Le Président Mohamed Cheikh El Ghazouani a été élu pour exercer un mandat conforme à la Constitution. Ce mandat doit être respecté dans sa durée et dans son esprit.

Il est prématuré de transformer la vie politique nationale en une compétition autour de la prochaine présidentielle alors que le mandat en cours demeure et que de nombreux chantiers restent à consolider.

La Mauritanie n’a pas besoin d’une campagne présidentielle permanente: elle a besoin de résultats. Elle nécessite que les orientations présidentielles se traduisent par des politiques publiques efficaces, que les ministères, les administrations, les collectivités territoriales et les partis travaillent de concert pour l’intérêt général.

Appel aux partis de la majorité

Cet appel s’adresse particulièrement aux partis qui soutiennent le Président de la République. Leur première responsabilité n’est pas de préparer une succession qui n’est pas encore ouverte, mais de faire avancer le projet pour lequel les Mauritaniens ont accordé leur confiance. Ils doivent être les premiers à défendre les orientations présidentielles, mais aussi les premiers à signaler les dysfonctionnements, à proposer des corrections et à relayer les préoccupations des citoyens.

La loyauté politique ne consiste pas à applaudir aveuglément; elle signifie avant tout aider le Président à réussir son mandat.

Le temps politique viendra

Chaque échéance électorale se présentera en son temps. Lorsque le cadre constitutionnel et politique l’exigera, les partis auront toute latitude pour présenter leurs programmes, leurs candidats et leurs visions pour la nation.

Mais aujourd’hui, l’enjeu réel doit être ailleurs: faire réussir le mandat en cours, consolider les acquis, corriger les insuffisances et préparer l’avenir à partir des résultats obtenus.

La Mauritanie doit sortir de la logique des campagnes permanentes et s’orienter vers la culture du résultat, la responsabilité et la reddition des comptes. Le Président doit pouvoir exercer pleinement les responsabilités que lui confère la Constitution. Les partis doivent jouer pleinement leur rôle, et les citoyens doivent rester au centre de toutes les politiques publiques.

Avant de penser à la prochaine présidentielle, penchons-nous sur la réussite du mandat actuel. Avant d’imaginer qui sera demain au pouvoir, demandons-nous ce que nous pouvons faire aujourd’hui pour améliorer la vie des Mauritaniens. C’est peut-être là la meilleure manière de respecter à la fois la Constitution, les institutions et la confiance du peuple.

Mohamed BNEIJARA

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