Face aux défis actuels en Mauritanie, une conviction doit guider l’action de l’État: les engagements et les ambitions du Président de la République doivent continuer de guider le Gouvernement et l’ensemble des institutions vers ce qui unit les Mauritaniens, vers le dialogue, l’apaisement et la tolérance.

Notre pays demeure confronté à des problématiques lourdes. Le passif humanitaire reste une question sensible. Les suites de l’esclavage et les discriminations qui en découlent exigent des efforts soutenus. À cela s’ajoutent la pauvreté, l’insécurité alimentaire et nutritionnelle, la hausse du coût de la vie, le chômage et les difficultés quotidiennes de nombreuses familles.

Dans ce contexte, il est incompréhensible que la liberté d’expression et l’expression pacifique des opinions deviennent une source supplémentaire de tensions. La liberté d’opinion n’est pas une menace pour l’État; elle est un outil pour prévenir les injustices, révéler les dysfonctionnements et alerter les pouvoirs publics sur les difficultés vécues par les citoyens.

Le programme présidentiel de 2019 plaçait la construction d’un climat politique apaisé, fondé sur le respect mutuel et le consensus autour des questions d’intérêt national, au cœur du projet national. Il insistait sur la protection des droits et libertés et sur le rôle d’institutions fortes dans la consolidation de la démocratie.

Il ne s’agit pas de remettre en cause l’autorité de l’État ni d’excuser les discours de haine, la violence ou les comportements qui menacent la paix civile. L’État doit être fort, mais sa force doit s’accompagner de justice, de mesure et de tolérance. Une institution forte n’est pas celle qui réduit au silence toute voix critique; c’est celle qui sait accueillir la contradiction, écouter les critiques et y répondre par le droit et le dialogue.

La Mauritanie a surtout besoin de préserver ce qui nous rassemble.

Notre diversité culturelle, linguistique et sociale peut être une richesse majeure si elle s’accompagne d’un véritable sentiment d’égalité et d’appartenance nationale. Le programme présidentiel reconnaissait que certaines survivances de nos traditions doivent être dépassées lorsqu’elles entravent les droits humains, appelait à panser les plaies du passif humanitarian et à lutter contre les séquelles de l’esclavage et les discriminations sociales.

C’est pourquoi la tolérance doit devenir une politique publique et une culture nationale, et non seulement un principe moral.

Nous devons réfléchir particulièrement à notre jeunesse. Quelle société transmettons-nous à une génération grandissante dans un climat de tensions, de polémiques, d’arrestations, d’affrontements sur les réseaux sociaux et de discours qui renforcent les divisions communautaires, ethniques ou sociales ?

La jeunesse ne doit pas apprendre que la différence d’opinion est une faute, que le débat est une confrontation ou que la critique de l’action publique est une menace. Elle doit comprendre que la Mauritanie appartient à tous ses enfants, quelles que soient leurs origines, leurs communautés ou leurs opinions.

Le programme présidentiel reconnaissait que la jeunesse n’était pas seulement bénéficiaire des politiques publiques, mais acteur de la construction nationale, encouragée à prendre la parole, à s’exprimer et à dialoguer avec les institutions.

C’est cette orientation qu’il faut aujourd’hui renforcer.

Moins de confrontation, davantage de dialogue.
Moins de suspicion, davantage de confiance.
Moins de polémiques, davantage de solutions.
Moins de divisions, davantage de cohésion nationale.

Notre pays a besoin d’un État capable de faire respecter la loi, mais aussi d’un État qui sait écouter. Il faut des institutions fortes et ouvertes au dialogue. Il faut des citoyens responsables et libres de questionner, critiquer et proposer.

La tolérance ne signifie pas tolérer l’injustice. Elle consiste à créer les conditions permettant de combattre l’injustice sans ajouter de nouvelles divisions. Elle n’exige pas renoncer à l’autorité de l’État, mais l’exerce avec discernement, équité et dignité humaine.

Notre foi nous enseigne la justice, la modération, la fraternité, le pardon et la miséricorde. Le programme présidentiel plaçait ces valeurs au cœur de l’action publique et condamnait l’instrumentalisation de la religion ou toute atteinte à l’unité nationale.

Face à des défis économiques et sociaux importants, alors qu’une partie de la population demeure précaire et que les jeunes constituent l’avenir du pays, la priorité doit être de renforcer la confiance entre l’État et les citoyens.

Le Président et le Gouvernement ont besoin d’une société qui les dialogue, les critique lorsque nécessaire, mais participe aussi à la recherche des solutions. Les citoyens ont besoin d’un État qui les écoute, qui accepte la contradiction et qui protège leur droit à exprimer pacifiquement leurs opinions.

La Mauritanie n’a pas besoin de nouvelles fractures. Elle a besoin de justice sociale, de sécurité alimentaire, d’emplois, d’éducation, de santé, de lutte contre la pauvreté, de réparation des séquelles du passé et d’une jeunesse capable d’envisager l’avenir avec confiance.

La véritable force d’une nation ne réside pas dans l’absence de désaccords, mais dans sa capacité à transformer ses désaccords en dialogue et ses différences en richesse commune.

Plus que jamais, préservons ce qui nous unit. Faisons de la tolérance, du dialogue et de la liberté responsable les fondements de notre vivre ensemble.

Mohamed BNEIJARA

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