Le dialogue national, la prise en compte du passif humanitaire, la lutte contre les séquelles de l’esclavage, le développement économique, la création d’emplois, la production agricole et l’assistance sociale constituent des enjeux majeurs pour la Mauritanie.
Depuis plusieurs années, d’importantes ressources sont consacrées à la distribution d’aides financières par l’État, les ONG, les coopératives féminines et d’autres structures au profit des populations vulnérables, des chômeurs, des oulémas et des ménages pauvres. Cette approche apparaît souvent comme la solution la plus simple. Pourtant, elle dissimule le coût élevé de la bureaucratie et des frais de gestion qui dépassent parfois largement les montants effectivement reçus par les bénéficiaires.
Par ailleurs, ces mécanismes de distribution ont progressivement affaibli le rôle des autorités locales ainsi que celui des services techniques et sociaux. L’État gagnerait à concentrer les transferts monétaires sur les ménages les plus démunis, tout en veillant à leur garantir un accès de qualité à l’éducation, à la santé et aux services essentiels.
Les autres formes d’assistance manquent souvent de transparence et contribuent à une situation où l’État ne maîtrise plus suffisamment les orientations de son économie. La distribution de liquidités devient alors une fin en soi, au détriment d’objectifs de transformation économique et sociale.
Pourtant, plusieurs innovations ont démontré leur efficacité. L’introduction de l’aviculture familiale, notamment grâce aux initiatives soutenues par le Fonds international de développement agricole (FIDA), a permis d’améliorer durablement les revenus et les habitudes de nombreuses familles.
Dans cette perspective, il serait pertinent de créer une caisse nationale dédiée aux coopératives féminines afin de soutenir le développement de l’agriculture familiale. Les coopératives pourraient y constituer une épargne, accéder à des crédits adaptés à leurs activités productives et renforcer leur autonomie économique.
Une dotation initiale de deux milliards d’ouguiyas pourrait suffire à lancer ce mécanisme. Cette ressource servirait de levier pour mobiliser d’autres financements publics et privés. Une telle initiative favoriserait une plus grande justice dans l’accès au crédit pour les populations les plus modestes et contribuerait à la création d’emplois durables.
Dans le contexte mondial et régional actuel, les Mauritaniens ont intérêt à se concentrer sur ce qui les unit : guérir les blessures héritées de l’esclavage, prendre en charge le passif humanitaire et faire du développement économique et social une priorité nationale. C’est par la production, le travail, l’investissement et la solidarité que la Mauritanie pourra construire un avenir plus prospère et plus inclusif.
Mohamed BNEIJARA