Aujourd’hui, une certaine campagne semble se déployer contre Moctar Diaye, le Premier ministre. Mais au-delà de la personne du chef du gouvernement, une question clé mérite d’être posée: cette campagne vise-t-elle en réalité le choix du Président de la République et, par là, le fonctionnement normal de nos institutions?

Il faut rappeler une évidence: le Premier ministre n’est pas arrivé au pouvoir par la force. Il n’a déclenché aucun coup d’État et ne s’est pas imposé seul. Il a été nommé par le Président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, conformément aux prérogatives de la Constitution.

Le Président de la République a été élu par le peuple mauritanien. C’est lui qui assume les responsabilités qui lui incombent et notamment le choix des personnes qui l’accompagnent dans la conduite de l’État.

Le Premier ministre est l’un de ces responsables. Il agit selon les orientations du Président et la confiance que celui-ci lui accorde. Il n’est pas un président parallèle et n’a pas reçu un mandat électoral qui lui permettrait de se substituer au chef de l’État.

Ainsi, lorsque le Président considère que son Premier ministre accomplit correctement sa mission, répond à ses attentes et met en œuvre les orientations de l’État, il est naturel que cette confiance soit maintenue.

Cela ne signifie pas pour autant que le Premier ministre ou son gouvernement ne doit pas être critiqué. Bien au contraire.

Dans une démocratie, le gouvernement doit être jugé, contrôlé et évalué. Mais cela doit porter sur son programme, ses engagements, ses décisions et ses résultats, et non sur des attaques personnelles contre la personne de Moctar Diaye.

Le programme du Gouvernement a été présenté devant l’Assemblée nationale et approuvé par elle. Il existe ainsi un cadre institutionnel clair permettant aux représentants du peuple d’exercer leur rôle de contrôle et d’évaluation.

Le véritable débat devrait porter sur des questions concrètes: les engagements du gouvernement sont-ils tenus? Les politiques publiques produisent-elles les résultats escomptés? Les ressources de l’État sont-elles utilisées de manière efficiente? Les conditions de vie des citoyens s’améliorent-elles? Les réformes annoncées sont-elles bien mises en œuvre?

Ce sont là les questions qui méritent un débat national sérieux.

On peut favoriser ou non le Premier ministre. On peut apprécier ou critiquer sa personnalité, son style ou certaines décisions. La liberté d’opinion autorise ces positions.

Mais il faut distinguer clairement entre critiquer l’action gouvernementale — ce qui est légitime — et remettre en cause le choix du Président de la République, ce qui touche à une prérogative institutionnelle.

Si demain le Président juge que son Premier ministre ne répond plus à ses attentes, il en tirera les conséquences dans le cadre de ses prérogatives.

La question n’est pas de savoir si chaque Mauritanien, chaque groupe politique ou chaque courant d’opinion est totalement satisfait de la nomination de Moctar Diaye. Une nomination présidentielle n’est pas soumise à un référendum permanent.

La démocratie ne signifie pas que toutes les décisions du Président fassent l’unanimité. Elle suppose que les institutions fonctionnent selon des règles établies et que chacun accepte les décisions prises dans ce cadre, tout en conservant le droit de les critiquer.

Par conséquent, la campagne actuelle contre le Premier ministre doit être replacée dans son contexte réel.

On peut juger le gouvernement, oui; contrôler son action, oui; critiquer ses résultats, oui; exiger des comptes, oui. Mais transformer la personne de Moctar Diaye en cible permanente et remettre en cause sa légitimité simplement parce qu’il a été choisi par le Président n’est ni un débat politique constructif ni une pratique saine pour la démocratie.

Le Premier ministre doit être jugé sur ce qu’il fait, le gouvernement sur ce qu’il accomplit et son programme sur les résultats qu’il produit.

Quant au Président de la République, son choix mérite respect tant qu’il demeure dans le cadre constitutionnel et institutionnel.

La Mauritanie a besoin de moins de procès personnels et de davantage de débats sur les politiques publiques. Elle a besoin de moins de campagnes de dénigrement et de plus d’évaluations objectives des résultats.

La démocratie ne se limite pas au droit de critiquer ceux qui gouvernent: elle suppose aussi le devoir de respecter les institutions qui organisent l’exercice du pouvoir.

Mohamed BNEIJARA

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