La lettre n°050-2026 du 25 juin 2026, par laquelle la Délégation générale TAAZOUR transfère la gestion des complexes TAAZOUR et des boutiques communautaires aux communes, constitue une avancée importante dans le processus de décentralisation en Mauritanie. Cette décision vient corriger une situation où les collectivités territoriales, pourtant les plus proches des citoyens, étaient largement tenues à l’écart de la gestion d’infrastructures destinées à leurs propres populations.
En reconnaissant aux communes un rôle central dans la gestion de ces équipements publics, l’État renforce la responsabilité locale, améliore la proximité avec les bénéficiaires et favorise une meilleure prise en compte des besoins réels des populations. C’est un choix qui va dans le sens d’une gouvernance plus efficace et plus transparente.
Cependant, cette mesure ne doit pas rester isolée. Si le Gouvernement souhaite véritablement réussir ses grands programmes sociaux et de développement, cette logique doit être étendue à l’ensemble des interventions publiques. Les programmes de transferts monétaires, les actions de protection sociale, les initiatives de développement local, la formation professionnelle et les différents projets sectoriels gagneraient tous à être mis en œuvre avec une implication réelle des communes.
Aujourd’hui encore, une grande partie des financements publics et des ressources des partenaires techniques et financiers est investie en dehors des circuits communaux. Cette situation prive les collectivités locales de leur rôle naturel de coordination, de suivi et d’accompagnement des bénéficiaires. Elle affaiblit également la présence de l’État sur le terrain, réduit la visibilité de ses politiques publiques et limite leur appropriation par les populations.
Les communes ne sont pas de simples exécutantes administratives. Elles constituent le premier niveau de l’État auprès des citoyens. Elles connaissent les réalités locales, identifient les ménages les plus vulnérables et disposent d’une légitimité indispensable pour assurer le suivi des actions de développement.
Le transfert de la gestion des complexes TAAZOUR doit donc être considéré comme le point de départ d’une décentralisation effective et non comme une mesure ponctuelle. L’État doit progressivement transférer davantage de compétences, de responsabilités et surtout de ressources financières aux collectivités territoriales.
La réussite des politiques publiques en Mauritanie passera inévitablement par des communes fortes, responsabilisées et pleinement associées à la conception, à la mise en œuvre et au suivi des programmes de développement. La décision prise par TAAZOUR montre la voie. Il appartient désormais aux autres départements ministériels de s’inscrire dans cette dynamique afin de faire de la décentralisation un véritable levier de développement, de bonne gouvernance et de proximité avec les citoyens.
Mohamed BNEIJARA