Monsieur le Président de la République, Monsieur le Président du parti INSAF,

Permettez qu’un regard extérieur, profondément attaché à l’intérêt national, propose une lecture de la campagne menée par le parti au pouvoir, sans passion partisane mais avec esprit constructif.

Cette réflexion ne met pas en doute votre engagement, votre dévouement pour la Mauritanie ni la légitimité issue de la confiance renouvelée du peuple. Elle vise simplement à nourrir un retour d’expérience fondé sur l’observation de la mobilisation du parti dans les différentes régions.

Une mobilisation qui doit mieux refléter les priorités présidentielles

À partir des image et des comptes rendus des meetings tenus dans les wilayas, un constat s’impose: les jeunes et les femmes semblent encore insuffisamment présents au cœur des mobilisations et des prises de parole.

Or, ces deux catégories jouent un rôle central dans les orientations et les ambitions portées par le Président de la republique Mohamed Ould Cheikh El GHAZOUANI pour la Mauritanie.

La jeunesse représente l’avenir du pays. Les femmes constituent une force sociale, économique et familiale majeure. Leur implication ne peut se limiter à des mots: elle doit être visible dans les structures, les délégations, les tribunes, les rencontres de proximité et les décisions politiques.

Il serait souhaitable que cette priorité présidentielle se retrouve aussi dans les sorties et les mobilisations d’INSAF.

Donner la parole aux bénéficiaires des politiques publiques

Un second constat mérite réflexion.

Sur les plateaux télé et lors des meetings, les bénéficiaires directs des grands programmes sociaux et économiques restent relativement peu visibles.

Où sont les témoignages des habitants des Adouabas, des bénéficiaires des programmes de TAAZOUR, des jeunes accompagnés par les dispositifs publics, des femmes rurales, des agriculteurs, des éleveurs et des populations vulnérables?

Des ressources considérables ont été mobilisées ces dernières années pour améliorer leurs conditions de vie. Pourtant, leur parole et leur expérience restent trop absentes de la communication publique.

Il ne suffit pas de parler des réalisations: il faut laisser ceux qui en bénéficient raconter ce que ces actions ont changé dans leur vie.

Une mère bénéficiaire d’un programme social, un jeune ayant trouvé une opportunité professionnelle, un éleveur accompagné, une famille ayant amélioré son accès à l’eau, à l’éducation ou à la santé constituent des témoignages bien plus convaincants que de longs discours.

Communiquer davantage sur les réalisations

L’un des défis actuels n’est pas tant l’absence d’actions que leur visibilité, leur appropriation par les populations et leur communication.

Il est temps pour le parti INSAF d’adopter une communication plus directe, territoriale et participative.

Aller dans les villages. Rencontrer les jeunes. Écouter les femmes. Dialoguer avec les Adouabas. Aller vers les nomades. Rencontrer les agriculteurs, les éleveurs, les acteurs économiques et les populations vulnérables.

La politique ne peut pas se limiter à une succession de meetings à Nouakchott ou dans les capitales régionales. Elle doit revenir au contact des villages, des quartiers et des communautés.

Le parti au pouvoir dispose aujourd’hui d’une occasion exceptionnelle: expliquer, écouter, rendre compte et surtout rapprocher l’action publique des citoyens.

La stabilité ne se construit pas dans la tension

Il faut aussi rappeler une évidence: la stabilité d’un pays ne se bâtit ni par la multiplication des tensions politiques, ni par la confrontation permanente, ni par l’arrestation de personnalités politiques ou de défenseurs des droits humains.

La stabilité durable se forge dans la justice, le dialogue, l’équité, la confiance, le développement et l’espoir.

À chaque débordement politique, le pays perd une chance de construire le consensus nécessaire.

La Mauritanie a besoin d’une classe politique capable de dépasser les réflexes de confrontation pour privilégier ce qui rassemble.

Mettre en œuvre les grandes ambitions présidentielles

Le Président a affiché des ambitions claires: renforcer la cohésion sociale, réduire les inégalités, lutter contre les séquelles de l’esclavage, traiter les conséquences du passif humanitaire, offrir davantage de perspectives à la jeunesse, renforcer la protection sociale et promouvoir un développement plus équilibré des territoires.

La vision est là. La légitimité est là. Les moyens existent.

Ce qui manque, c’est une mise en œuvre plus efficace, une proximité accrue avec les citoyens et des résultats visibles.

INSAF doit devenir l’un des principaux instruments permettant d’accompagner cette vision, d’expliquer ses enjeux aux populations et de remonter leurs préoccupations vers le pouvoir.

Sortir du folklore politique

La Mauritanie n’a pas besoin d’une politique de slogans ou d’instrumentalisation des divisions.

Elle a besoin d’une politique pragmatique, capable de transformer les engagements en réalisations concrètes.

Il faut démontrer les résultats: écoles, centres de santé, infrastructures, programmes sociaux, emplois créés, terres aménagées, investissements réalisés et vies améliorées.

Et surtout, montrer les Mauritaniens eux-mêmes: femmes, jeunes, populations rurales, Adouabas, nomades, travailleurs et toutes les composantes qui constituent la véritable base sociale du pays.

C’est à cette condition que les campagnes du parti au pouvoir pourront devenir le prolongement fidèle des ambitions du Président.

Monsieur le Président, Monsieur le Président d’INSAF, il est temps de faire de la proximité, de l’écoute et de la preuve par les résultats les véritables marqueurs de l’action politique.

La Mauritanie a besoin de confiance plutôt que de confrontation, de résultats plutôt que de folklore, de dialogue plutôt que de tensions.

La vision est présente. La légitimité est acquise. Les moyens existent. Reste à les traduire en résultats visibles et partagés.

C’est peut-être là le meilleur service que le parti au pouvoir puisse rendre aux ambitions du Président et, surtout, à la Mauritanie.

Mohamed BNEIJARA

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