La désertification demeure l’un des défis majeurs auxquels la Mauritanie est confrontée. Dans un pays où une grande partie du territoire est déjà désertique ou semi-désertique, la dégradation progressive des terres constitue non seulement une menace environnementale, mais aussi une menace économique et sociale pour des milliers de familles vivant de l’agriculture et de l’élevage.
Les causes sont multiples : changement climatique, sécheresses récurrentes, surpâturage, feux de brousse, coupe du bois, dégradation des pâturages, pression sur les ressources en eau et mauvaise gestion des espaces naturels.
Face à cette situation, l’État mauritanien a engagé plusieurs initiatives : Grande Muraille Verte, reboisement, fixation des dunes, restauration des terres, mise en défens, lutte contre les feux de brousse et programmes d’adaptation au changement climatique.
Ces efforts sont importants et doivent être salués. Mais une question fondamentale mérite d’être posée : sont-ils réellement à la hauteur de l’ampleur et de la vitesse de la dégradation des terres ?
Le problème est que certaines interventions restent encore ponctuelles et dispersées. On restaure des terres dans certaines zones pendant que d’autres continuent à se dégrader sous l’effet du surpâturage, des feux, de la coupe du bois ou de la pression humaine.
Planter des arbres ne suffit pas. Il faut garantir leur survie, protéger les pâturages, restaurer les sols, mieux gérer les points d’eau, sécuriser les couloirs de transhumance et prévenir les feux de brousse.
Surtout, les populations locales doivent être placées au cœur de cette politique. Elles ne doivent pas être considérées uniquement comme bénéficiaires des projets, mais comme véritables acteurs de la restauration et de la protection de leurs territoires.
Il faut également changer notre manière de mesurer les résultats. Le nombre d’arbres plantés ou d’hectares aménagés ne suffit pas. Il faut mesurer ce qui compte réellement : combien d’arbres ont survécu ? Combien de terres ont retrouvé leur productivité ? Les pâturages se sont-ils régénérés ? Les revenus des populations ont-ils augmenté ?
La Mauritanie dispose aujourd’hui de stratégies, d’expériences et de nombreux partenaires. L’enjeu est désormais de mieux coordonner ces efforts, de mobiliser des financements à la hauteur des besoins et surtout de passer d’une succession de projets à une véritable politique territoriale de restauration des terres.
Le véritable combat n’est donc pas simplement de « repousser le désert ». Il consiste à restaurer durablement la capacité productive de nos territoires et à permettre aux populations rurales d’en vivre dignement.
La lutte contre la désertification doit ainsi devenir une priorité nationale, intégrant environnement, élevage, agriculture, gestion de l’eau, développement local et résilience climatique.
La question n’est plus de savoir si nous agissons contre la désertification. Nous agissons. La vraie question est de savoir si nous agissons assez vite, assez largement et de manière suffisamment cohérente pour inverser la tendance.
La Mauritanie ne peut pas se contenter de lutter contre les effets de la désertification. Elle doit s’attaquer à ses causes et investir massivement dans la restauration de ses terres.
Par Mohamed BNEIJARA