Le Programme Exceptionnel AOUN – Aide et Opérations d’Urgence pour les personnes les plus vulnérables – demeure sans aucun doute l’une des réformes les plus marquantes de la protection sociale en Mauritanie. Au-delà du volume considérable de transferts effectués au profit de centaines de milliers de ménages vulnérables, cette initiative a prouvé qu’il est désormais possible de distribuer l’aide publique de manière plus rapide, transparente et à moindre coût, grâce aux plateformes nationales de paiement numérique.

Cette expérience illustre concrètement la vision de la Banque Centrale de Mauritanie en matière de modernisation des paiements et de mise en œuvre de la Stratégie nationale d’inclusion financière. En s’appuyant sur les solutions de paiement mobile, l’État a considérablement réduit les coûts administratifs et logistiques traditionnellement associés aux transferts sociaux.

Pendant de nombreuses années, la distribution des aides mobilisait d’importants moyens humains, des dispositifs sécuritaires, des transports de liquidités et une logistique coûteuse. Avec l’introduction des plateformes numériques, une grande partie de ces charges a été allégée, permettant à l’État de réaliser des économies de plusieurs milliards d’ouguiyas, tout en améliorant la qualité du service rendu aux citoyens.

L’un des principaux enseignements de cette initiative réside dans la capacité des opérateurs nationaux de paiement mobile à atteindre rapidement même les populations les plus isolées. Les bénéficiaires ont pu recevoir leur aide dans des délais raccourcis, près de leur lieu de résidence, grâce à des procédures simplifiées et avec un haut niveau de sécurité et de traçabilité.

De plus, cette expérience a démontré qu’une plateforme numérique ne se limite pas à un simple canal de paiement. Elle constitue un véritable outil de politique publique, favorisant l’inclusion financière des populations vulnérables. L’ouverture de comptes électroniques, l’utilisation des services mobiles, la familiarisation avec les paiements numériques et l’accès à des services financiers de base représentent autant d’avancées vers une bancarisation progressive des citoyens jusque-là exclus du système financier formel.

Autre leçon essentielle : certaines plateformes ont choisi d’accompagner l’opération en offrant gratuitement plusieurs services aux bénéficiaires, notamment la gratuité des retraits, la mise à disposition de cartes SIM et l’accès à une connexion Internet nécessaire à l’activation et à l’utilisation des comptes. Cette approche renforce la dimension sociale de la finance numérique en veillant à ce que les ménages vulnérables perçoivent la totalité des montants qui leur sont destinés, sans frais supplémentaires.

Aujourd’hui, il est crucial de transformer cette réussite ponctuelle en une politique publique durable. Les acquis du programme AOUN ne doivent pas se limiter aux opérations d’urgence. Ils peuvent servir de socle pour instaurer un système national moderne de versement des transferts sociaux, des bourses scolaires, des pensions, des aides agricoles, des aides alimentaires et d’autres programmes sociaux.

Pour atteindre cet objectif, une concertation renforcée entre le Ministère de la Transformation Numérique et de la Modernisation de l’Administration, la Délégation générale TAAZOUR, la Banque Centrale de Mauritanie et les opérateurs de paiement numérique est indispensable. Une telle collaboration pourrait déboucher sur un cadre de partenariat pérenne, définissant les normes techniques, les engagements en matière de qualité de service, la protection des bénéficiaires et les mécanismes de gratuité pour les programmes sociaux.

Cette démarche contribuerait à accélérer la mise en œuvre de la Stratégie nationale d’inclusion financière, à augmenter le taux de bancarisation, à promouvoir les paiements électroniques et à réduire durablement les coûts liés à la gestion des transferts publics. Elle renforcerait également la transparence, la traçabilité des fonds publics et la confiance des citoyens dans les dispositifs de protection sociale.

Dans un contexte où la Mauritanie poursuit la modernisation de ses administrations et la digitalisation de ses services publics, l’expérience du programme AOUN constitue un modèle à consolider. Les technologies actuelles offrent aujourd’hui l’opportunité de bâtir une protection sociale plus efficace, plus inclusive et plus proche des citoyens.

Le défi ne consiste plus à prouver que les paiements numériques sont fonctionnels, mais à capitaliser sur cette réussite pour en faire un pilier permanent des politiques sociales nationales. En pérennisant les partenariats entre l’État, la Banque Centrale, TAAZOUR et les opérateurs de paiement mobile, la Mauritanie pourrait devenir une référence régionale dans l’utilisation de la finance numérique au service du développement humain, de l’inclusion financière et de la réduction durable de la pauvreté.

Oumar BA

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