Dans le tumulte des débats qui agitent ces derniers jours la scène publique mauritanienne autour des nouvelles mesures de régulation et de taxation des téléphones portables, une voix a choisi la voie de la responsabilité plutôt que celle de la surenchère. Le communiqué publié par le parti au pouvoir, El Insaf, mérite à ce titre une attention particulière.
Dans un contexte où les réseaux sociaux et certains discours politiques ont parfois tendance à simplifier à l’extrême des questions économiques complexes, la prise de position d’El Insaf se distingue par son ton mesuré, son sens des responsabilités et sa volonté d’éclairer le débat plutôt que de l’envenimer.
Le parti majoritaire rappelle une vérité simple mais essentielle : aucun État ne peut construire un développement durable sans un système fiscal organisé, transparent et équitable. Les services publics, les infrastructures, les politiques sociales ou encore les programmes de soutien à l’emploi ne peuvent exister sans ressources publiques solides et sans une contribution équitable des différents secteurs économiques.
Pendant de longues années, le secteur des téléphones portables a évolué, en Mauritanie comme dans de nombreux pays, dans une zone grise où l’informel occupait une place importante. Cette réalité a privé l’État de ressources significatives et a rendu plus difficile l’organisation et la régulation d’un marché devenu pourtant central dans la vie économique et sociale.
C’est précisément pour répondre à cette situation que des réformes sont aujourd’hui engagées, avec un objectif clair : moderniser la gestion du secteur, introduire des mécanismes de traçabilité et intégrer cette activité dans un cadre économique plus structuré.
Ce que souligne avec pertinence le communiqué d’El Insaf, c’est que ces réformes ne doivent pas être interprétées uniquement sous l’angle de la contrainte fiscale. Elles s’inscrivent également dans une logique de modernisation administrative et de transformation numérique de l’État, à travers des mécanismes plus transparents et des plateformes digitales qui simplifient les procédures.
Mais la force du communiqué réside surtout dans l’équilibre de son approche. Car en même temps qu’il soutient les efforts de réforme de l’État, le parti reconnaît explicitement les inquiétudes de nombreux jeunes et petits commerçants qui vivent du marché des téléphones portables. En appelant au dialogue et à une mise en œuvre progressive des mesures, El Insaf adopte une posture politique responsable, attentive aux réalités sociales.
Dans toute démocratie, le débat sur les politiques publiques est non seulement légitime mais nécessaire. Toutefois, lorsque des sujets techniques et économiques deviennent des instruments de mobilisation politique ou de polémique permanente, le risque est grand de déformer les enjeux réels et de fragiliser la confiance des citoyens.
C’est pourquoi l’appel du parti El Insaf à éviter l’instrumentalisation politique de cette question mérite d’être entendu. La fiscalité, la régulation économique et la modernisation administrative sont des défis structurels qui concernent l’avenir du pays dans son ensemble. Les traiter uniquement sous l’angle de la confrontation politique serait une erreur stratégique pour la Mauritanie.
Au contraire, ce type de débat exige de la lucidité, de la pédagogie et un sens élevé de l’intérêt général.
Le communiqué d’El Insaf va précisément dans cette direction. En privilégiant la responsabilité, l’équilibre et le dialogue, il contribue à replacer le débat là où il doit se situer : sur le terrain des politiques publiques et de la construction d’un État moderne et efficace.
Dans une période où la Mauritanie cherche à consolider ses réformes économiques et à renforcer ses institutions, ce type de prise de position politique n’est pas seulement utile. Il est nécessaire.
Et c’est pour cela qu’il mérite d’être salué.
Mohamed BNEIJARA