Dans un État de droit, la puissance publique se mesure autant à sa capacité d’action qu’à sa capacité à agir avec justice. En Mauritanie, la récente campagne de démolitions d’habitations dans la capitale soulève un débat essentiel sur l’équilibre entre régulation urbaine et protection des droits fondamentaux.

En Mauritanie, l’État a pour mission fondamentale de protéger ses citoyens et de réguler les activités sociales et économiques. Pourtant, dans les rues de Nouakchott, des scènes déchirantes se multiplient : des familles, souvent sans avertissement, voient leurs habitations détruites par des engins lourdement armés, sous le regard impuissant de leurs proches. Cette situation soulève de nombreuses questions sur le rôle de l’administration et de la justice dans la protection des droits fondamentaux.

La Constitution mauritanienne rappelle que l’État est garant de la sécurité, de la justice et du respect des droits. À ce titre, il lui incombe d’organiser l’espace urbain, de lutter contre l’occupation anarchique des terrains et de faire respecter les règles d’urbanisme. Le cadre juridique est en place : le Code de l’urbanisme encadre la délivrance des permis de construire, la gestion du foncier et les procédures de démolition. En principe, toute opération de destruction doit être précédée d’une notification officielle, d’un délai raisonnable et d’une vérification rigoureuse des titres de propriété ou des autorisations administratives. Cependant, sur le terrain, de nombreux témoignages font état d’une réalité plus brutale.

Sur les réseaux sociaux et lors de rencontres, des familles déclarent avoir vu leurs habitations démolies sans avertissement clair. Certains pleurent devant leurs enfants. Plusieurs affirment détenir des documents administratifs délivrés par les autorités, renforçant ainsi leur sentiment d’injustice. Ces démolitions, souvent spectaculaires, laissent derrière elles des ménages vulnérables, exposés à une précarité immédiate. Au-delà de la perte matérielle, c’est la confiance dans les institutions qui semble fragilisée. La question centrale demeure : comment un citoyen peut-il se prémunir contre une décision administrative s’il estime avoir respecté toutes les procédures ?

Si des autorisations ont été délivrées de manière irrégulière, la responsabilité ne peut revenir uniquement aux citoyens. L’administration doit également répondre de ses actes. Dans ce contexte, la rigueur juridique doit être appliquée à tous les niveaux : vérification des titres fonciers, traçabilité des décisions administratives et respect strict des procédures de démolition. Le manque de transparence ou d’unité dans l’action publique alimente inévitablement la confusion et la contestation.

Face à cette situation, la justice apparaît comme l’arbitre indispensable. Seule elle peut statuer sur la légalité des démolitions, protéger les droits des citoyens lésés et sanctionner d’éventuels abus de pouvoir. Le principe de séparation des pouvoirs impose que toute décision administrative puisse être contestée devant une juridiction indépendante. Sans recours effectif, l’équilibre institutionnel s’affaiblit. Une intervention rapide et visible de la justice pourrait contribuer à apaiser les tensions et à restaurer la confiance.

Au-delà du cadre légal, c’est la relation entre l’État et les citoyens qui est en jeu. Une politique urbaine, même légitime, ne peut réussir sans adhésion sociale. Cela suppose une communication claire en amont des opérations, une sensibilisation des populations aux règles d’urbanisme, des mécanismes de recours accessibles et efficaces, ainsi que des mesures d’accompagnement pour les familles impactées. À défaut, il existe un risque accru de méfiance durable et de tensions sociales croissantes.

L’aménagement urbain de Nouakchott représente un défi majeur pour les autorités, confrontées à une croissance démographique rapide et à une pression foncière intense. Toutefois, ce défi ne doit pas se faire au détriment des principes fondamentaux de justice et d’équité. L’État, dans sa mission de régulation, doit être exemplaire. Car, au-delà des murs qui tombent, c’est la solidité du contrat social qui est en jeu.

Mohamed BNEIJARA

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