Dans un monde marqué par les guerres en Ukraine, les tensions entre l’Iran et les États-Unis, la tragédie palestinienne et l’insécurité persistante au Sahel, la Mauritanie bénéficie d’une stabilité relative qui demeure un acquis précieux, mais fragile. Sa préservation exige vigilance, responsabilité et mobilisation collective.

Cette stabilité ne saurait être durable si elle ne s’accompagne pas de réponses concrètes aux préoccupations des citoyens. La cherté de la vie, la flambée des prix, la pauvreté et l’insécurité alimentaire fragilisent de nombreux ménages. Dans ce contexte, les pouvoirs publics doivent se concentrer sur les priorités nationales plutôt que de se laisser entraîner dans des polémiques qui détournent l’attention des véritables enjeux.

Le programme du président de la République,Mohamed Cheikh El Ghazouani « Mon ambition pour la patrie », doit constituer un cadre de mobilisation de toutes les forces nationales. Sa réussite exige l’engagement du gouvernement, de la majorité, de l’opposition, de la société civile, des collectivités territoriales et de la communauté scientifique. Au-delà des divergences politiques, l’intérêt supérieur de la nation doit rester notre boussole commune.

Il est particulièrement préoccupant de voir les discours à caractère ethnique, racial, linguistique et clanique occuper une place croissante dans le débat public. La jeunesse, confrontée au chômage, à la précarité et au manque de perspectives, perd progressivement confiance dans les discours des responsables politiques. Ce désenchantement constitue un signal d’alarme que personne ne devrait ignorer. La cohésion nationale ne se décrète pas : elle se construit par la justice, l’égalité des chances, la solidarité et des politiques publiques équitables.

Il est donc urgent que Son Excellence le président de la République accorde une attention particulière à l’évolution du climat politique et social. À défaut d’un dialogue suffisamment constructif avec les partis d’opposition, la société civile et la communauté scientifique pourraient contribuer à ouvrir des espaces de concertation pour identifier les réformes nécessaires et restaurer la confiance entre les citoyens et les institutions.

Les dossiers politiques et judiciaires concernant l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz, les militants et prisonniers de l’IRA, le général Lebatt ou encore les blogueurs méritent un traitement conforme à la loi et aux garanties de l’État de droit. Toutefois, ces questions ne doivent pas occulter les urgences économiques et sociales ni détourner durablement le débat public des attentes de la population.

Notre pays a besoin d’une école de qualité, de services de santé accessibles, d’eau potable, d’électricité, d’emplois pour les jeunes et d’une sécurité renforcée. Il doit également investir davantage dans la production agricole, l’élevage et la valorisation des ressources locales pour progresser vers la souveraineté alimentaire. La lutte contre la pauvreté et les inégalités territoriales doit se traduire par des résultats tangibles dans la vie quotidienne des populations.

La Mauritanie ne peut se permettre de banaliser les discours de haine et les divisions identitaires dans un environnement régional aussi fragile. Nous ne souhaitons pas que notre pays subisse les conséquences dramatiques de ces tensions. Mais éviter un tel scénario suppose d’agir dès maintenant, avec lucidité et courage politique.

Le moment est venu de dépasser les querelles, de restaurer la confiance et de replacer les priorités du peuple au cœur de l’action publique. La stabilité ne se préserve pas uniquement par des discours : elle se consolide par la justice sociale, la qualité de la gouvernance et l’amélioration des conditions de vie.

L’avenir de la Mauritanie ne se construira ni dans les polémiques permanentes ni dans les affrontements identitaires, mais dans l’éducation, la production, la solidarité et le respect mutuel. Préserver la stabilité aujourd’hui, c’est donner à chaque Mauritanien, et particulièrement à chaque jeune, des raisons de croire en demain.

Mohamed BNEIJARA

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *