De la gestion des migrations au renforcement des territoires : pourquoi l’appui de l’OIM compte pour la Mauritanie
La migration est aujourd’hui l’un des défis majeurs que la Mauritanie doit aborder avec pragmatisme, anticipation et proximité. Étant un pays d’accueil, de transit et de départ, elle se situe au cœur des dynamiques de mobilité qui traversent l’Afrique de l’Ouest et le Sahel.
Dans ce cadre, la présence de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) constitue un appui essentiel pour le pays. Son rôle ne se limite pas à accompagner les réponses aux flux migratoires; il vise aussi à renforcer les capacités des institutions, des collectivités et des organisations de la société civile afin qu’elles comprennent mieux les dynamiques migratoires, informent les populations et proposent des réponses adaptées aux réalités locales.
Le Guidimakha comme illustration concrète
L’expérience récente menée au Guidimakha illustre parfaitement cette démarche.
Le 14 septembre 2026, à Sélibaby, le Groupement ADIG-ADE, en partenariat avec l’OIM, a organisé un atelier de formation destiné à dix mobilisateurs communautaires issus des moughataas de Ghabou et de Sélibaby. La cérémonie d’ouverture a été présidée par le Chef du sous-bureau de l’OIM au Guidimakha.
Pendant trois jours, les participants — jeunes, anciens migrants et leaders communautaires — ont suivi une formation axée notamment sur les techniques de sensibilisation participative, le leadership communautaire, la connaissance des opportunités et la migration régulière.
Cette formation du 14 septembre 2026 s’inscrit dans le cadre du programme « Réussir ensemble en Mauritanie », cofinancé par l’Union européenne, la coopération allemande (GIZ) et l’Agence Française de Développement (AFD). Elle vise à sensibiliser plus de 1 000 personnes aux risques de la migration irrégulière et à promouvoir des alternatives économiques locales pour les jeunes vulnérables.
Mais cette formation ne constitue pas une action isolée.
Elle s’inscrit dans la continuité d’une série de formations et d’actions de renforcement des capacités dont ont bénéficié plusieurs dizaines d’organisations de la société civile au Guidimakha.
Cette continuité est essentielle. Elle montre que l’intervention de l’OIM s’inscrit dans une logique d’accompagnement des acteurs locaux et non dans une succession d’activités ponctuelles.
Investir dans ceux qui sont au cœur des communautés
Renforcer les organisations de la société civile et les mobilisateurs communautaires répond à une réalité simple: les acteurs locaux sont souvent les premiers interlocuteurs des populations.
Ils connaissent les villages, les quartiers, les jeunes, les familles, les anciens migrants et les leaders communautaires. Ils comprennent les difficultés économiques et sociales qui peuvent pousser certaines personnes à envisager des parcours migratoires risqués.
Une organisation locale bien formée peut jouer un rôle clé dans la diffusion d’une information fiable, l’orientation des personnes, la prévention des risques et la promotion des alternatives existantes.
Les mobilisateurs formés à Sélibaby devront ainsi poursuivre leurs actions auprès des communautés par le porte-à-porte, les causeries éducatives et les guichets mobiles, avec une attention particulière portée à l’insertion socio‑économique des jeunes et des femmes.
Le message de cette formation résume bien cette approche: « la migration sûre et régulière commence par l’information et l’autonomisation des communautés locales ».
Un rôle d’accompagnement, pas de substitution
L’un des intérêts majeurs de la coopération avec l’OIM réside précisément dans cette logique d’accompagnement.
La Mauritanie doit rester maîtresse de ses politiques migratoires et de ses priorités nationales. L’apport de l’OIM consiste à mettre à disposition une expertise internationale, des outils, des données, des expériences comparées et des capacités de formation permettant aux acteurs mauritaniens de mieux répondre aux défis auxquels ils sont confrontés.
Cette approche est particulièrement pertinente dans les régions frontalières comme le Guidimakha, où se croisent mouvements de population, migrations économiques, migrations pastorales et situations de vulnérabilité.
La société civile peut ainsi devenir un véritable relais entre les politiques nationales et les réalités quotidiennes des communautés.
Des données pour mieux comprendre les mobilités
L’OIM contribue aussi à produire et diffuser des données sur les mouvements de population.
Grâce à ses outils de suivi des déplacements, elle aide à documenter les dynamiques de mobilité et les besoins des populations mobiles et vulnérables. Ces informations guident les autorités, les collectivités et les partenaires dans leurs interventions.
Cette dimension prend une importance particulière dans le contexte sahélien, marqué par les déplacements, les effets du climat, les tensions transfrontalières et l’évolution des mobilités pastorales.
Au Guidimakha, mieux connaître ces mouvements permet d’anticiper les besoins des communautés et d’orienter les politiques locales en matière de services, de protection, de cohésion sociale et de développement.
La migration ne peut pas se réduire à une question de frontières
L’expérience du Guidimakha rappelle aussi que la question migratoire ne peut être réduite au contrôle des frontières ou à la lutte contre la migration irrégulière.
Elle touche à l’emploi des jeunes, à la formation professionnelle, aux opportunités économiques, à la protection sociale, au changement climatique, à la cohésion sociale et à l’avenir des territoires.
C’est pourquoi les campagnes d’information doivent être accompagnées de solutions concrètes.
Les jeunes doivent connaître les voies régulières de mobilité, mais aussi les possibilités de formation, d’emploi, d’entrepreneuriat et d’insertion disponibles en Mauritanie.
L’accompagnement des organisations locales peut rapprocher cette information des populations qui en ont le plus besoin.
Proche des populations
La migration est une réalité humaine durable. Pour la Mauritanie, l’enjeu consiste donc à mieux la connaître, mieux l’accompagner et mieux en gérer les conséquences, en plaçant les communautés et les acteurs locaux au cœur de la réponse.
Une coopération qui mérite d’être consolidée
L’expérience du Guidimakha démontre l’intérêt d’une coopération qui associe expertise internationale et capacités locales.
La formation de dix mobilisateurs communautaires en septembre 2026 s’inscrit dans une dynamique plus large de renforcement des capacités de plusieurs dizaines d’organisations de la société civile de la région. Elle illustre concrètement comment un partenaire international peut contribuer à renforcer durablement les acteurs présents sur le terrain.
Pour la Mauritanie, l’enjeu est désormais de consolider cette dynamique, de l’étendre progressivement à d’autres territoires et de renforcer la coordination entre l’État, les collectivités territoriales, la société civile, les partenaires techniques et financiers et les communautés.
L’objectif ne doit pas être uniquement de multiplier les activités, mais de faire en sorte que chaque formation, chaque outil et chaque partenariat renforcent durablement les capacités mauritaniennes.
L’OIM joue un rôle central dans cette démarche: accompagner, former, documenter, faciliter la coordination et renforcer les acteurs locaux, tout en laissant aux institutions mauritaniennes et aux communautés la responsabilité première de leurs choix et de leurs politiques.
Au Guidimakha, l’expérience montre déjà que investir dans les organisations de la société civile et dans les relais communautaires, c’est investir dans la capacité du territoire à mieux comprendre les migrations, à prévenir les vulnérabilités et à construire des réponses plus adaptées.