Face à la situation de plus en plus préoccupante que vivent les éleveurs mauritaniens, la société civile interpelle solennellement le Gouvernement et appelle à la mise en place, sans délai, d’un plan national d’urgence pour protéger le cheptel et soutenir les éleveurs.
L’élevage n’est pas une activité marginale en Mauritanie. Il constitue un pilier de l’économie nationale, contribue à plus de 15 % du Produit intérieur brut (PIB) et représente une source essentielle de revenus et de subsistance pour une grande partie des populations rurales et pastorales. Derrière chaque troupeau se trouvent des familles, des emplois, des revenus et une économie locale qui fait vivre une grande partie de nos territoires.
Aujourd’hui, les éleveurs mauritaniens sont confrontés à une situation particulièrement difficile.
Depuis des générations, les troupeaux mauritaniens ont l’habitude de se déplacer vers les zones de pâturage du Mali lorsque les conditions pastorales deviennent moins favorables en Mauritanie. Cette mobilité pastorale traditionnelle constitue un élément essentiel de l’équilibre de l’élevage dans les zones du Sud et du Sud-Est du pays.
Or, la fermeture de la frontière avec le Mali a considérablement limité cette possibilité de transhumance. Les troupeaux qui avaient traditionnellement la possibilité de chercher au Mali des pâturages et des ressources en eau ne disposent plus aujourd’hui de cette marge de mobilité.
Cette contrainte intervient au moment où la situation pastorale nationale apparaît déjà préoccupante. Le déficit pluviométrique constaté cette année dans plusieurs zones du pays se traduit par une diminution du couvert végétal et une disponibilité insuffisante des pâturages.
Les deux facteurs se conjuguent donc : d’un côté, la réduction de l’accès aux pâturages traditionnellement recherchés au Mali ; de l’autre, un déficit pastoral qui limite les ressources disponibles à l’intérieur du territoire mauritanien.
Pour les éleveurs, particulièrement les plus modestes, cette situation peut rapidement devenir dramatique.
La société civile estime qu’il serait irresponsable d’attendre que la crise atteigne son niveau maximal avant d’intervenir. Le moment d’agir est maintenant, avant que les animaux ne soient affaiblis, que les prix des aliments de bétail ne deviennent inaccessibles, que les éleveurs ne soient contraints de vendre leurs animaux à vil prix ou que la mortalité du cheptel ne s’aggrave.
La société civile interpelle donc directement le Gouvernement et demande l’adoption urgente d’un dispositif national exceptionnel comprenant notamment la mise à disposition d’aliments de bétail subventionnés, le rapprochement des points de distribution des zones pastorales, la réhabilitation des forages et points d’eau, ainsi que le déploiement de brigades vétérinaires mobiles.
Une attention particulière doit être accordée aux petits et moyens éleveurs, qui disposent de moins de capacités financières pour faire face à l’augmentation du coût des aliments et du transport.
La société civile appelle également à une évaluation rapide et transparente de la situation pastorale, zone par zone, en associant les services techniques de l’État, les autorités administratives, les collectivités territoriales, les organisations d’éleveurs et les acteurs de la société civile.
Cette évaluation doit permettre d’identifier les zones les plus déficitaires, de localiser les concentrations de cheptel et de programmer les interventions avant que les difficultés ne deviennent irréversibles.
La société civile estime par ailleurs que la question des mouvements transfrontaliers du bétail mérite un dialogue renforcé avec les pays voisins. Dans le respect de la souveraineté des États et des impératifs de sécurité, des mécanismes doivent être recherchés pour permettre une meilleure gestion des mouvements traditionnels du cheptel et éviter que les populations pastorales ne supportent seules les conséquences des restrictions actuelles.
Il ne s’agit pas simplement de sauver des animaux. Il s’agit de protéger une partie essentielle de l’économie mauritanienne, les moyens de subsistance de milliers de familles et la sécurité alimentaire du pays.
La Mauritanie est un pays profondément marqué par son histoire pastorale. L’élevage constitue une composante de son identité économique et sociale. Lorsque les éleveurs sont en difficulté, c’est toute l’économie rurale qui est fragilisée.
C’est pourquoi la société civile demande au Gouvernement de considérer la situation actuelle comme une priorité nationale, nécessitant une réponse rapide, coordonnée et suffisamment financée.
Elle appelle également les collectivités territoriales, les organisations professionnelles, les partenaires techniques et financiers et les acteurs humanitaires à unir leurs efforts autour d’un objectif commun : préserver le cheptel mauritanien et empêcher une crise pastorale majeure.
L’État dispose encore de la possibilité d’agir avant que la situation ne devienne beaucoup plus coûteuse. Prévenir aujourd’hui coûtera toujours moins cher que réparer demain.
La société civile lance donc cet appel au Gouvernement : ne laissons pas les éleveurs mauritaniens affronter seuls cette situation. Agissons maintenant pour protéger le cheptel, soutenir les familles pastorales et préserver l’une des principales richesses économiques de la Mauritanie.
Sauver le cheptel aujourd’hui, c’est protéger l’économie rurale, la sécurité alimentaire et la stabilité sociale de la Mauritanie.
Mohamed BNEIJARA