La Mauritanie porte encore les traces d’une histoire complexe marquée par les inégalités sociales, les fractures communautaires et les séquelles de l’esclavage. Depuis plusieurs années, les débats sur l’unité nationale, la justice sociale et la cohésion entre les différentes composantes du pays occupent une place importante dans l’espace public. Pourtant, au-delà des discours et des tensions, une vérité simple mérite d’être rappelée : la confiance entre le peuple et les institutions républicaines reste la clé principale pour construire une Mauritanie apaisée et unie.

Lorsque les citoyens perdent confiance dans l’État, ils cherchent naturellement protection auprès de leur tribu, de leur communauté, de leur ethnie ou de leurs relations personnelles. Ce réflexe n’est pas propre à la Mauritanie ; il apparaît partout où les institutions sont perçues comme faibles, injustes ou inaccessibles. À l’inverse, lorsque l’État garantit les mêmes droits à tous, le sentiment d’appartenance nationale devient plus fort que les appartenances communautaires.

Le véritable défi n’est donc pas uniquement de dénoncer le tribalisme ou les discriminations, mais de créer un système dans lequel chaque Mauritanien peut accéder aux services publics sans intermédiaire tribal, sans favoritisme et sans discrimination. Si un citoyen peut obtenir un emploi grâce à ses compétences, inscrire son enfant à l’école dans des conditions équitables, accéder à des soins de qualité ou faire valoir ses droits devant une justice indépendante, alors le besoin de se réfugier derrière son appartenance ethnique ou tribale diminuera progressivement.

L’État de droit constitue ainsi le préalable indispensable à toute réconciliation durable. Une justice crédible, impartiale et accessible à tous est le fondement de la confiance nationale. Sans justice, les frustrations s’accumulent et alimentent les divisions. Sans transparence dans la gestion publique, les citoyens finissent par croire que seules les relations ou l’appartenance communautaire permettent de réussir.

La lutte contre les séquelles de l’esclavage ne peut donc pas se limiter à des slogans ou à des affrontements politiques. Elle passe par des politiques concrètes : une école républicaine forte, l’égalité des chances, l’accès équitable à la terre, à l’emploi et aux responsabilités publiques, ainsi qu’une administration moderne au service de tous les citoyens.

La Mauritanie dispose d’atouts considérables : une population jeune, une diversité culturelle riche et des ressources importantes. Mais ces atouts ne pourront pleinement profiter au pays que si les citoyens sentent que la République les protège de manière égale, indépendamment de leur origine sociale ou ethnique.

C’est à cette condition que notre devise nationale prendra tout son sens : « Honneur – Fraternité – Justice ».
L’honneur d’un État qui respecte tous ses citoyens.
La fraternité entre toutes les composantes nationales.
Et la justice comme socle de la paix sociale et de l’unité nationale.

Car lorsqu’un peuple croit en ses institutions, les divisions reculent naturellement. Et lorsque la justice devient réellement la même pour tous, le tribalisme et les séquelles du passé perdent progressivement leur raison d’être.

Mohamed BNEIJARA

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