Actuellement, plusieurs dizaines de jeunes Mauritaniens font face à des décisions judiciaires américaines prévoyant leur rapatriement depuis les États-Unis. Derrière ces chiffres se cachent des parcours humains brisés, des rêves anéantis et une jeunesse qui, faute d’alternatives, a choisi l’exil, souvent au péril de leur vie.

Ce qui est encore plus préoccupant, ce n’est pas seulement leur sort à l’étranger, mais aussi ce qui les attend à leur retour. Une réalité inquiétante se dessine : au lieu d’être accompagnés, écoutés et aidés à se réinsérer, certains de ces jeunes sont arrêtés, inquiétés, voire privés de liberté pour avoir exprimé des opinions ou critiqué la gestion publique. Cette situation est inacceptable.

L’État mauritanien ne peut en aucun cas se limiter à rester spectateur face aux drames que vivent ses jeunes à l’étranger, pour ensuite devenir un acteur répressif à leur retour. Ce serait une double peine injustifiable.

Il incombe à la Mauritanie de protéger tous ses citoyens, y compris ceux qui ont tenté l’aventure migratoire. La liberté d’expression n’est pas un crime : c’est un droit fondamental. Criminaliser ces jeunes pour leurs opinions ne fera qu’accroître leur marginalisation et alimenter leur désespoir.

Il est temps de changer de paradigme.

Oui, la migration irrégulière constitue un défi majeur. Oui, elle expose nos jeunes à de graves dangers : traite humaine, violences, exploitation, réseaux criminels. Mais la réponse ne peut se limiter à des mesures sécuritaires ou punitives. Elle doit être humaine, stratégique et courageuse.

Les autorités doivent engager rapidement un dialogue sincère avec leurs partenaires, notamment les États-Unis, pour garantir un retour digne, respectueux des droits humains et orienté vers la réinsertion plutôt que la stigmatisation.

Mais l’urgence réside surtout dans la lutte contre ses causes profondes : le manque d’opportunités, le chômage massif chez les jeunes, l’absence de perspectives concrètes. Ce sont ces facteurs qui motivent ces départs en masse.

Les engagements du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani donnent une orientation claire. Cependant, ces promesses doivent se traduire par des actions concrètes, visibles et inclusives. La jeunesse ne veut plus de discours, mais des solutions tangibles.

Créer des emplois, soutenir l’entrepreneuriat, ouvrir des voies légales pour la mobilité, investir dans les zones marginalisées : voici les vraies réponses.

Il est également crucial d’envoyer un message fort à cette jeunesse désorientée : la Mauritanie ne vous abandonnera pas, elle ne vous punira pas pour avoir espéré, elle vous accompagnera pour rebâtir votre avenir.

Un État qui réprime sa jeunesse plutôt que de la protéger met en péril son propre avenir.

En conclusion, les jeunes refoulés ne doivent pas être accueillis dans la peur ou la répression, mais avec une assistance psychologique digne, humaine et structurée — comme cela devrait être la norme partout dans le monde. Ils reviennent souvent marqués par des épreuves extrêmes ; les considérer comme des fautifs plutôt que comme des survivants serait une grave erreur.

Les valeurs mauritaniennes, fondées sur la protection, la solidarité et l’encadrement des plus vulnérables, notamment la jeunesse, doivent continuer à guider l’action publique. L’Islam, qui prône la tolérance, la compassion et la dignité humaine, doit également inspirer nos politiques.

Les ambitions du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani tracent une voie claire : celle d’un État protecteur, inclusif et responsable. Il est désormais temps d’aligner les pratiques sur ces principes. Accueillir, écouter, soigner, accompagner et réinsérer : voilà le chemin. Investir dans nos jeunes, c’est investir dans l’avenir même de la Mauritanie.

Mohamed BNEIJARA

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