La nomination d’Ould Benahi à la tête du port de Nouakchott intervient à un moment crucial pour la Mauritanie, alors que le pays se trouve à la croisée des chemins en matière de développement portuaire et logistique. La prise de conscience du retard accumulé dans ce domaine, illustrée par les premiers échanges du nouveau directeur avec ses homologues internationaux, met en lumière un enjeu stratégique majeur : comprendre où en sont nos infrastructures portuaires par rapport aux standards régionaux et mondiaux, comparer nos capacités, mesurer l’écart pour mieux orienter nos actions. La réalité est là, implacable, et nombreux sont ceux qui pressent que la Mauritanie accuse un retard préoccupant dans la modernisation de ses ports, un retard qui pourrait compromettre ses ambitions économiques et son intégration régionale si aucune stratégie cohérente n’est rapidement élaborée et mise en œuvre.

Ce retard, en réalité, n’est pas seulement une question d’infrastructures techniques, mais aussi une problématique de gouvernance, d’investissements, et d’orientation stratégique. Nos ports, notre littoral, notre position géographique au carrefour de l’Afrique de l’Ouest et du Maghreb, constituent des leviers puissants pour l’intégration régionale et la croissance économique. Pourtant, leur potentiel reste largement inexploité, faute d’un plan d’action clair et d’un investissement à la hauteur des enjeux. La connectivité étant devenue la pierre angulaire du développement, il est impératif de reconnaître que la construction d’un réseau efficace de télécommunications, de corridors routiers, de réseaux aériens, et surtout de transport maritime, est essentielle pour faire de la Mauritanie un véritable hub régional.

Dans cette optique, il est instructif de regarder ce que font nos voisins et partenaires régionaux. Le Maroc, par exemple, a fait de Tanger Med un centre logistique mondial, redessinant ainsi les routes commerciales du continent africain. La poursuite de cette stratégie avec la construction du port de Dakhla Atlantique, prévu pour 2027, démontre une vision à long terme qui a déjà commencé à porter ses fruits en termes d’attraction d’investissements et de positionnement géostratégique. La Mauritanie, qui partage cette ambition de devenir un point nodal dans la région, doit se poser la question de sa propre stratégie pour ne pas rester à la traîne. Si nous ne réagissons pas rapidement, nous risquons fort de voir d’autres pays comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou le Bénin, déjà bien positionnés dans les chaînes logistiques régionales, nous dépasser, voire nous contourner.

Ce qui accroît la complexité de la situation, c’est que la modernisation portuaire ne se limite pas à la remise à neuf d’infrastructures. Elle implique également une capacité accrue de stockage, une gestion plus efficace des flux, une digitalisation des opérations, ainsi qu’une intégration harmonieuse avec les autres ports régionaux. La navigation sur le fleuve Sénégal, qui a déjà été évoquée comme une solution pour relier la zone enclavée du Mali, du Niger ou du Burkina Faso, nécessite une transformation en profondeur du port de Nouakchott pour devenir un véritable point de transit moderne, capable d’accueillir des navires de grande capacité et de gérer des volumes croissants de marchandises. Mais plus encore, la question dépasse la simple infrastructure : il s’agit de renforcer la gouvernance, d’instaurer une stratégie claire, d’assurer la coordination avec les acteurs régionaux, et de mobiliser des investissements soutenus pour faire de cette vision une réalité concrète.

Une autre dimension essentielle réside dans la manière dont la Mauritanie peut tirer parti de sa position géographique pour devenir un centre de connectivité entre l’Afrique de l’Ouest, le Maghreb, et même l’Europe. La synergie avec le Maroc, par exemple, pourrait ouvrir des corridors logistiques innovants, renforçant ainsi la compétitivité de notre pays. De même, une meilleure articulation avec l’Algérie et la participation active aux initiatives continentales, notamment celles portées par l’Union africaine, pourraient transformer la Mauritanie en un véritable hub régional, capable de capter une part plus importante du commerce intra-africain en expansion.

Les opportunités existent déjà, notamment à travers les axes reliant la Mauritanie au Sénégal, à la Guinée, à la Gambie, via des points stratégiques comme Rosso, qui pourraient devenir des centres de transit dynamiques. Mais sans une vision globale, sans une coordination politique forte et sans un engagement ferme des acteurs publics et privés, ces opportunités risquent de s’éloigner. La construction d’un véritable corridor logistique régional, intégrant ports, routes, chemins de fer et systèmes de gestion performants, doit devenir une priorité nationale.

L’engagement du nouveau Directeur, Ould Benahi, doit être salué. Son approche de compréhension des enjeux internationaux, sa volonté de comparer et de mesurer, indiquent qu’il a saisi l’urgence de la situation. Mais il ne peut agir seul. La modernisation des ports, le développement des corridors, le renforcement de la connectivité régionale nécessitent une impulsion politique forte, un budget conséquent et une vision partagée par tous les acteurs concernés. La Mauritanie doit faire le choix stratégique d’investir dans ses infrastructures et dans sa gouvernance, car la compétition régionale et continentale ne cesse de s’intensifier. La construction de cette connectivité, qu’elle soit portuaire, routière ou numérique, est devenue une condition sine qua non pour assurer la souveraineté économique et le développement durable du pays.

En définitive, l’Afrique construira sa connectivité, avec ou sans la Mauritanie. La question n’est pas de savoir si nous pouvons ou non suivre cette dynamique, mais si nous en serons un acteur central ou un simple observateur. La réponse dépendra de notre capacité à élaborer une stratégie cohérente, ambitieuse et adaptée aux enjeux du XXIe siècle. Ould Benahi semble avoir déjà fait son choix : faire de la Mauritanie un acteur clé dans cette nouvelle configuration. La balle est désormais dans notre camp.

Mohamed BNEIJARA

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