À l’approche de la visite officielle du Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani en France, il est urgent de se poser une question stratégique : devons-nous continuer à percevoir ces déplacements comme de simples manifestations protocolaires ou devons-nous désormais en faire de véritables outils de transformation économique et sociale ?

Trop souvent, ces visites ont été réduites à des opérations d’image, dominées par le cérémonial, les symboles et des annonces souvent vaines. Si cette approche pouvait peut-être convenir dans un contexte de diplomatie de représentation, elle ne répond plus aux défis pressants que doit relever notre pays. La Mauritanie doit aujourd’hui faire face à des enjeux majeurs : la persistance de la pauvreté, l’insécurité alimentaire croissante, le chômage des jeunes, ainsi que la vulnérabilité de nos territoires face au changement climatique.

Il est donc temps de repenser la manière dont nous préparons ces visites d’État. Celles-ci doivent désormais être planifiées comme de véritables projets stratégiques nationaux. Une visite officielle ne doit pas se limiter à un événement mondain ou à une vitrine diplomatique ; elle doit s’inscrire dans une démarche de développement concertée, où chaque étape est réfléchie, et chaque engagement vise des résultats concrets et mesurables.

Ces rencontres bilatérales sont des moments privilégiés qui attirent l’attention de la scène internationale, mobilisent l’intérêt des investisseurs, et offrent une plateforme unique pour la négociation de projets structurants. Ne pas exploiter pleinement cette opportunité reviendrait à gaspiller un capital stratégique précieux, ce que notre pays ne peut plus se permettre dans un contexte de compétition accrue pour l’attractivité et la crédibilité internationales.

La responsabilité de faire de ces visites un levier de changement ne repose pas uniquement sur l’État. Elle est collective. Les institutions publiques doivent cesser les pratiques improvisées et cloisonnées. Chaque ministère doit s’impliquer en amont, en disposant de dossiers solides, de projets prêts à être financés, de réformes clairement définies et de partenariats ciblés. Il ne s’agit plus de formuler des intentions vagues ou des déclarations d’intention, mais de présenter des propositions concrètes, crédibles et immédiatement opérationnelles. Sans cela, ces rencontres resteront de simples échanges de courtoisie, sans impact réel sur le terrain.

Mais l’État seul ne peut relever ce défi. Le secteur privé mauritanien doit être pleinement associé à la préparation de cette visite. Nos entreprises doivent sortir du rôle de spectatrices pour devenir des actrices engagées, capables de nouer des partenariats, d’attirer des investissements et de valoriser le potentiel économique du pays. La société civile, les ONG et les acteurs du développement ont également un rôle clé à jouer : ils détiennent souvent des solutions concrètes dans des domaines cruciaux tels que la nutrition, l’agriculture, la résilience climatique ou l’inclusion sociale. Leur contribution est essentielle pour que les accords conclus ne restent pas de simples papiers, mais se traduisent par des actions concrètes au bénéfice des populations.

Par ailleurs, il est indispensable de mobiliser la diaspora mauritanienne, une force encore sous-exploitée. Elle constitue un pont vital entre la Mauritanie et le reste du monde, un levier d’influence et un acteur clé pour renforcer notre crédibilité auprès des partenaires internationaux. Ignorer cette ressource serait une erreur stratégique majeure.

Au fond, la véritable question n’est pas de savoir si la visite sera un succès protocolaire, elle le sera, comme toujours. La véritable interrogation concerne ses résultats concrets : combien d’accords seront effectivement mis en œuvre ? combien d’investissements seront réellement mobilisés ? combien de projets verront le jour dans les mois qui suivent ? Ce sont ces résultats mesurables, durables et impactants qui doivent orienter notre action.

La Mauritanie dispose aujourd’hui d’atouts indéniables : une stabilité reconnue dans une région souvent instable, une position géographique stratégique, des ressources naturelles abondantes, ainsi qu’un potentiel agricole encore largement inexploité. Mais ces atouts, aussi précieux soient-ils, ne suffisent pas. Ils doivent être transformés en opportunités concrètes via une diplomatie économique offensive, structurée et exigeante.

Cette visite en France doit marquer un tournant décisif. Elle doit symboliser le passage d’une diplomatie de simple représentation à une diplomatie de résultats. Il ne s’agit plus de confondre visibilité et efficacité, présence et impact. Chaque engagement doit être suivi, évalué, puis concrétisé.

Nous ne pouvons plus nous permettre de nous contenter de diplomatie folklorique. La Mauritanie doit produire des résultats tangibles, mesurables et durables. C’est cette exigence qui doit guider nos prochaines démarches, afin que chaque déplacement, chaque rencontre et chaque accord constitue un pas concret vers un développement partagé et durable pour notre pays.

Mohamed BNEIJARA

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