L’institution TAAZOUR, créée par le décret n°385-2019 du 29 novembre 2019 et rattachée à la Présidence de la République, n’a jamais été conçue comme un simple super-ministère ni comme un substitut aux départements sectoriels. Dès l’origine, sous l’impulsion de Son Excellence Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, sa mission demeure claire : corriger les inégalités structurelles, éliminer les barrières sociales et économiques, et garantir un accès équitable aux services de base pour les populations les plus vulnérables. C’est ce cadre légal, souvent rappelé mais parfois peu appliqué, qui doit aujourd’hui redevenir la boussole de l’action publique.

Il serait injuste de ne pas reconnaître les progrès réalisés sous l’ancien leadership. Sous la direction de Cheikh Ould Bedde, une dynamique nouvelle a été lancée, marquée par une volonté affirmée de rapprocher l’institution des citoyens. L’ouverture d’antennes dans des zones vulnérables telles que Bousteila et Mbout a constitué une étape politique majeure, rompant avec une gestion centralisée et déconnectée des réalités du terrain. La présence territoriale a permis de renouer un lien direct avec les populations, dans un esprit de dignité, d’écoute et d’efficacité.

Cependant, la proximité seule ne suffit pas à garantir des résultats durables sans une stratégie claire et cohérente. C’est tout l’enjeu du travail actuel mené par le délégué général Sidi Ould Moulaye Zeine, qui s’efforce de réaffirmer le positionnement de TAAZOUR dans une logique de complémentarité avec les ministères techniques. Il ne s’agit ni de dupliquer les actions ni de se substituer à ces secteurs, mais d’intervenir là où les politiques publiques rencontrent leurs limites : l’accès effectif aux services pour les populations vulnérables.

L’exemple récent du secteur éducatif illustre parfaitement cette approche. En coordination avec le ministère de l’Éducation et le Commissariat à la sécurité alimentaire, la mise en place d’internats à Bousteila et Ouadane, intégrant restauration scolaire et encadrement pédagogique, montre que TAAZOUR peut jouer un rôle déterminant sans empiéter sur les prérogatives des autres institutions. Elle agit sur les déterminants sociaux de l’éducation — pauvreté, conditions de vie, nutrition — et facilite l’accès à l’école pour ceux qui en sont le plus éloignés.

Néanmoins, les moyens importants dont dispose l’institution doivent être utilisés avec vigilance. Ils constituent un levier puissant de transformation, mais peuvent aussi entraîner des dérives, notamment en privilégiant des investissements lourds dans les infrastructures au détriment d’actions plus simples, moins coûteuses et souvent plus efficaces pour les populations pauvres. Le risque est de privilégier des projets visibles mais peu impactants concrètement sur la vie des plus vulnérables.

La véritable transformation sociale passe aussi — et peut-être surtout — par des initiatives de proximité à forte rentabilité sociale et économique. Investir dans la transformation des produits agricoles, soutenir la valorisation des ressources forestières non ligneuses, développer l’agroforesterie ou appuyer la mise en marché de produits locaux tels que le lait et la viande sont autant d’actions concrètes capables de générer des revenus durables pour les ménages.

De même, des interventions ciblées dans les services de base peuvent produire des effets immédiats : soutien aux jardins scolaires pour renforcer la nutrition, amélioration des conditions de logement des enseignants dans les zones vulnérables pour stabiliser le système éducatif, dotation en latrines et en électricité dans les écoles pour créer un environnement digne et fonctionnel. Bien que modestes en apparence, ces actions sont souvent les plus visibles et les plus impactantes pour les populations.

L’efficacité de ces interventions repose toutefois sur un aspect souvent sous-estimé : le changement de comportement. Sans sensibilisation à la nutrition, à l’hygiène, à la valorisation des ressources locales et à l’importance de l’éducation, ces investissements risquent d’avoir un impact limité. L’accompagnement social et éducatif doit donc être au cœur de toute stratégie.

Ce double mouvement — ancrage territorial hérité de l’ancienne direction et clarification stratégique portée par la nouvelle — offre aujourd’hui une opportunité unique de refonder l’action de TAAZOUR sur des bases plus solides. Il ne s’agit pas d’opposer ces approches, mais de les articuler dans une vision cohérente, respectueuse du cadre légal et orientée vers des résultats concrets.

Au-delà de l’institution, l’enjeu est celui de la crédibilité de l’action publique. Une TAAZOUR fidèle à sa mission, complémentaire des autres secteurs et proche des citoyens, peut devenir un levier majeur de transformation sociale. À l’inverse, toute tendance à la substitution ou à la dispersion des efforts risquerait d’en limiter l’impact.

Le recadrage en cours envoie un message fort : il démontre qu’il est possible de concilier ambition politique, rigueur institutionnelle et efficacité sociale. Sa réussite dépendra cependant d’une seule chose : la capacité à transformer cette vision en résultats tangibles, perceptibles dans le quotidien des Mauritaniens les plus vulnérables.

Mohamed BNEIJARA

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *