Alors que de nombreuses études mettent en évidence la dimension stratégique du cheptel mauritanien, il apparaît toutefois que, paradoxalement, le secteur de l’élevage reste encore insuffisamment bénéficié d’un soutien politique et de ressources financières à la hauteur de son potentiel. Avec près de 29 millions de têtes — une population animale nettement supérieure à celle humaine du pays — la Mauritanie détient un patrimoine économique, social et culturel d’une importance considérable. Néanmoins, la première loi d’orientation pastorale adoptée à ce jour demeure encore peu traduite en investissements structurants et en réformes opérationnelles susceptibles d’assurer une transformation durable du secteur.

Dans le contexte régional actuel, une opportunité exceptionnelle se présente. La commande récemment annoncée par l’Algérie d’un million de moutons, conjuguée à l’approvisionnement traditionnel du Sénégal ainsi qu’à la demande croissante sur des marchés tels que la Côte d’Ivoire et le Maroc, témoigne de la vitalité de la demande et de ses perspectives de solvabilité et de durabilité. La Mauritanie a ainsi la possibilité, et la responsabilité, de valoriser son potentiel pastoral afin de créer des emplois, de générer des devises, de structurer des chaînes de valeur modernes et de renforcer un secteur qui, jusqu’à présent, est resté en marge des stratégies de développement national.

Toutefois, la transformation de ce potentiel en richesse économique durable nécessite la mise en œuvre de choix stratégiques pertinents. Au-delà du soutien à la production animale, il est essentiel de renforcer l’accès des éleveurs aux services sociaux de base, notamment en matière d’éducation, de santé, de protection sociale et de dispositifs de sécurité adaptés à leur mobilité. La sécurisation sociale des éleveurs constitue un levier déterminant pour renforcer leur productivité, leur stabilité et leur résilience face aux défis climatiques.

Par ailleurs, il est urgent d’investir dans la santé animale. La régulation de la distribution des médicaments vétérinaires, le renforcement des services vétérinaires publics et privés, ainsi que la mise en place d’un suivi sanitaire rigoureux — notamment pour les animaux destinés à l’exportation — sont indispensables pour garantir la crédibilité commerciale de la Mauritanie sur les marchés internationaux. La compétitivité du secteur passe désormais par l’amélioration de la qualité sanitaire et la traçabilité des produits.

L’accès au financement constitue également un levier crucial pour le développement du secteur. Il convient de mettre en place des mécanismes permettant aux éleveurs, notamment ceux souhaitant accéder aux marchés d’exportation, de bénéficier de crédits adaptés, souples et sécurisés. La mise en œuvre de telles politiques financières évitera que le potentiel du secteur ne soit capté par des intermédiaires, au détriment des producteurs locaux.

La gestion de la ressource fourragère demeure également une priorité stratégique. La mise en œuvre d’une politique nationale ambitieuse en matière de culture fourragère, complétée si nécessaire par des importations planifiées, permettrait de réduire la vulnérabilité du secteur face aux aléas climatiques et d’améliorer la productivité animale. La sécurité alimentaire du bétail constitue en effet un préalable indispensable à la stabilité économique des familles pastorales.

Enfin, le développement des infrastructures de transport, notamment les axes reliant la Mauritanie à l’Algérie et au Maroc, constitue une opportunité à exploiter pleinement. Ces routes ne doivent pas se limiter à des corridors de transit, mais devenir de véritables vecteurs de transformation économique, facilitant l’exportation formelle, réduisant les coûts logistiques et renforçant l’intégration régionale.

En misant résolument sur le secteur de l’élevage, la Mauritanie peut donner corps aux orientations du Gouvernement en matière de valorisation des ressources nationales, d’équité territoriale et de développement de secteurs stratégiques. Le cheptel ne doit pas être considéré uniquement comme un patrimoine ancestral, mais comme un levier stratégique pour la souveraineté économique et le développement durable. Son plein potentiel doit ainsi être placé au cœur des priorités nationales, afin d’assurer un avenir prospère et résilient pour notre pays.

Mohamed BNEIJARA

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