Le Programme prioritaire 2025-2027, lancé par Son Excellence le Président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, porte une ambition claire : accélérer l’accès à l’eau, renforcer les infrastructures sociales et rapprocher l’État des citoyens. Les attentes sont fortes, les annonces nombreuses, et l’espoir sincère dans des régions longtemps laissées à l’écart du développement.
Cependant, aucune stratégie, aussi ambitieuse soit-elle, ne peut assurer une réussite durable sans une implication véritable, structurée et continue de la société civile.
Un appel à candidatures a été lancé, et des ONG ont été sélectionnées en toute transparence pour accompagner la mise en œuvre du programme. Elles ont mobilisé leurs équipes, élaboré leurs plans d’action, engagé des ressources humaines et logistiques. Puis, sans explication claire, un silence s’est installé au niveau central : absence de directives, manque de coordination, visibilité réduite. Ce flottement fragilise la dynamique initiale et crée un décalage entre les engagements affichés et la réalité sur le terrain.
Il convient néanmoins de saluer le professionnalisme des responsables locaux, notamment les walis, qui ont veillé avec rigueur au processus de sélection et qui continuent, sur le terrain, à associer activement les ONG lors des concertations, des réunions des comités de suivi, et dans la mise en œuvre des activités. Certains ont même officialisé leur participation par écrit, témoignant d’une réelle volonté d’inclusion. Cette attitude responsable doit être consolidée et harmonisée à l’échelle nationale.
La société civile ne peut pas se limiter à un rôle symbolique. Elle constitue le lien vital entre l’État et les communautés. Qui sera chargé de mettre en place les comités de gestion pour les milliers de forages annoncés ? Qui accompagnera les populations dans l’entretien des infrastructures hydrauliques ? Qui sensibilisera les femmes à l’utilisation des équipements sanitaires pour réduire les risques liés aux accouchements ? Qui remontera en temps réel les dysfonctionnements, les retards ou les difficultés d’appropriation ?
Sans un ancrage communautaire solide, le risque est bien connu : des infrastructures livrées mais mal entretenues, des investissements lourds mais peu adaptés aux réalités locales, des chiffres satisfaisants sur le papier mais peu d’impact concret sur le terrain. La leçon de l’histoire du développement est claire : la réussite technique seule ne suffit pas ; l’appropriation sociale est indispensable.
Dans sa déclaration de politique générale, le Premier ministre Moctar Ould Diaye a rappelé que l’inclusion, la transparence et la redevabilité doivent être les piliers de l’action publique. Ces principes ne doivent pas rester de simples discours. Ils doivent se traduire concrètement par une intégration effective des organisations déjà sélectionnées dans les mécanismes de mise en œuvre.
La vision présidentielle repose sur la modernisation de l’administration, la digitalisation des services, l’amélioration de la gestion des finances publiques et la promotion d’une culture de performance. Si cette transformation est essentielle, elle ne doit pas se limiter à des réformes administratives. Elle doit aussi reposer sur la participation citoyenne organisée. Elle doit se construire avec les acteurs locaux, dans la confiance et la continuité.
Intégrer pleinement la société civile dans le Programme 2025-2027 n’est ni une faveur ni une concession. C’est une exigence stratégique. C’est un mécanisme d’alerte précoce, un garant de transparence, un facteur de stabilité sociale et un levier d’efficacité. Tout retard dans la clarification des rôles et responsabilités affaiblit l’adhésion collective et freine l’élan national.
Le pays n’a pas besoin d’un programme spectaculaire, mais d’un projet efficace, durable et partagé. Les organisations sont mobilisées, les autorités régionales engagées, et les communautés attendent des résultats concrets. Il est temps d’assurer la cohérence entre la vision présidentielle, les engagements du gouvernement et la réalité de la mise en œuvre, afin que la participation devienne un principe vivant, au service du développement national, et non un simple slogan.
Mohamed BNEIJARA