Nouakchott – samedi 4 avril 2026, des organisations de la société civile mauritanienne ont tenu une réunion stratégique au siège de l’Association mauritanienne pour la santé de la mère et de l’enfant (AMSE). L’objectif était de mieux préparer leur accompagnement et leur suivi de la mise en œuvre de la Stratégie de Croissance Accélérée et de Prospérité Partagée (SCAPP 2016-2030).
Cette rencontre, organisée à l’initiative de Baba Cheikh Hamady, président de l’Association Mauritanienne de Développement, de Recherche et de Suivi (ADRES), a réuni plusieurs acteurs engagés dans la processus de la SCAPP. Elle intervient à l’approche de l’élaboration du troisième plan d’actions (2026-2030), une étape cruciale pour le développement du pays.
La SCAPP, qui s’appuie sur les engagements internationaux de l’ONU (Objectifs de Développement Durable) et sur l’Agenda 2063 de l’Union africaine, constitue le cadre stratégique de la politique de développement de la Mauritanie. Elle vise une croissance économique inclusive, durable, tout en réduisant les inégalités et en renforçant la gouvernance.
Cependant, derrière ces ambitions, des obstacles structurels limitent la pleine participation de la société civile. Lors de la réunion, plusieurs contraintes ont été évoquées : faible implication dans la planification, accès limité à l’information stratégique, et manque de préparation en tant qu’acteur clé du processus.
Ce constat est d’autant plus paradoxal que la loi n°2021-022 relative aux associations garantit la liberté d’association ainsi que le rôle de la société civile dans la participation à la vie publique. Elle reconnaît implicitement sa mission de veille citoyenne et de suivi des politiques publiques. Pourtant, cette reconnaissance légale ne se traduit pas encore dans la pratique, faute de mécanismes concrets d’implication dans le suivi, l’évaluation et la gouvernance des politiques publiques. La participation reste souvent symbolique.
Face à cette situation, les acteurs présents ont unanimement exprimé leur volonté d’engager un dialogue direct avec les autorités. Ils souhaitent notamment rencontrer le ministre de l’Économie, chargé de la SCAPP, pour assurer une implication plus effective de la société civile dans tout le processus.
Dans un contexte marqué par le retrait progressif de partenaires comme l’USAID et par l’impact économique et humanitaire des crises internationales, telles que la guerre au Proche-Orient, cette mobilisation devient plus essentielle que jamais. La société civile entend jouer un rôle plus structurant pour renforcer l’inclusion dans les politiques publiques.
Les ONG ont réaffirmé leur engagement en faveur d’une participation effective, transparente et inclusive. Elles considèrent que l’élaboration du troisième plan d’actions de la SCAPP est une opportunité stratégique pour recentrer les politiques publiques sur les besoins réels des populations.
La société civile n’est pas en quête de légitimité : elle en dispose déjà par la loi. Cependant, il existe encore un décalage entre cette reconnaissance légale et la réalité sur le terrain. Sans mécanismes concrets d’implication dans le suivi, l’évaluation et la gouvernance, leur rôle restera largement symbolique.
Les participants ont insisté sur la nécessité de renforcer leurs capacités techniques, d’améliorer la coordination entre acteurs et de développer un plaidoyer commun pour garantir une participation effective à toutes les étapes du cycle de la SCAPP : conception, mise en œuvre, suivi et évaluation.
« Il ne peut y avoir de développement inclusif sans une société civile pleinement engagée », a souligné un intervenant, appelant à un changement de paradigme dans la gouvernance des politiques publiques.
Les priorités transversales telles que la promotion du genre, la nutrition, les droits humains, l’emploi des jeunes, la résilience climatique et le développement local doivent également être mieux intégrées dans le troisième plan d’actions.
Alors que la Mauritanie se prépare à exploiter ses nouvelles ressources gazières et à franchir une étape décisive dans son développement, la question de la gouvernance et de l’inclusion est devenue centrale. Pour la société civile, l’enjeu est clair : passer d’un rôle consultatif à celui de partenaire stratégique.
La réussite de cette nouvelle phase de la SCAPP dépendra en grande partie de la capacité collective à établir un dialogue constructif entre l’État, la société civile et les partenaires au développement. Sans cette dynamique, il existe un risque que les ambitions affichées restent éloignées des réalités vécues par la population.
Mohamed BNEIJARA