La Mauritanie ne peut plus se limiter à des discours axés sur la croissance, les investissements miniers ou ses performances macroéconomiques, alors que la majorité de sa population continue de lutter contre la pauvreté, le chômage et l’insécurité alimentaire. Le véritable enjeu stratégique ne réside pas uniquement dans l’exploitation de ses ressources naturelles, mais dans un investissement massif et volontaire dans son capital humain. Sans accès à la santé, à une éducation de qualité, à des compétences adaptées et à une formation continue, aucune richesse ne pourra se transformer en prospérité durable.

Le capital humain n’est pas un concept abstrait réservé aux rapports internationaux. Il se traduit par la santé de nos enfants, la nutrition des femmes enceintes, la qualité de nos écoles, la formation de nos jeunes, ainsi que par la capacité de nos travailleurs à évoluer et innover. Aucun pays n’a réussi à réduire significativement la pauvreté ou à maintenir une croissance solide sans faire de l’humain sa priorité absolue. Pourtant, en Mauritanie, malgré quelques progrès, les inégalités territoriales persistent, l’accès aux services sociaux de base reste fragile, et la dépendance alimentaire dépasse 70 % de nos besoins.

Ce paradoxe est frappant : un pays riche en fer, en or, en gaz et en ressources halieutiques, mais où une partie importante de la population vit dans la précarité. Ce modèle économique, principalement basé sur l’extraction, ne crée pas suffisamment d’emplois durables ni de valeur ajoutée locale. Il expose la nation aux fluctuations des marchés internationaux tout en laissant de côté une jeunesse nombreuse, parfois diplômée mais sans perspectives claires.

Continuer sur cette voie serait une erreur stratégique. Les changements climatiques frappent durement les zones rurales, fragilisant l’agriculture et l’élevage. L’insécurité dans l’espace sahélien, les flux de réfugiés et la cherté de la vie accentuent la pression sur les ménages et l’État. Face à ces défis, la réponse ne peut se limiter à des mesures sécuritaires ou conjoncturelles. Elle doit être structurelle, centrée sur l’humain.

Il est temps que les politiques publiques dépassent les approches sectorielles cloisonnées. Santé, éducation, protection sociale, emploi et formation professionnelle doivent être envisagés de manière intégrée, en tenant compte du cadre de vie des citoyens : le foyer, le quartier, l’école, le lieu de travail. Un enfant mal nourri aujourd’hui sera un adulte moins productif demain. Un jeune sans formation adaptée devient une statistique de chômage, alors qu’il pourrait être un moteur de croissance. Une femme sans accès aux soins et aux opportunités économiques représente un potentiel national gaspillé.

L’engagement en faveur du capital humain doit devenir une priorité politique claire, assumée au plus haut niveau de l’État. Cela implique d’allouer davantage de ressources aux secteurs sociaux, d’améliorer la gouvernance, de lutter contre les inégalités régionales et d’impliquer activement les collectivités locales et la société civile. Il ne s’agit pas simplement de multiplier les programmes, mais d’en garantir l’efficacité, la cohérence et l’impact réel sur la vie des populations.

La Mauritanie dispose d’une opportunité historique : utiliser ses revenus issus des ressources naturelles pour financer une transformation profonde de son modèle de développement. Si ces ressources ne servent pas à bâtir une génération en bonne santé, bien formée et compétente, elles resteront une richesse éphémère. En revanche, le capital humain est un investissement qui se transmet, se renforce et produit, à long terme, des dividendes économiques et sociaux.

Le débat national doit évoluer. La question n’est plus seulement de savoir combien nous produisons, mais qui bénéficie réellement de cette croissance et comment elle se traduit concrètement dans la vie quotidienne. Faire du capital humain la priorité absolue n’est pas un luxe ni une option idéologique ; c’est une nécessité pour garantir la stabilité, la justice sociale et la souveraineté économique du pays.

La véritable puissance de la Mauritanie ne se mesurera pas uniquement à ses exportations, mais à la qualité de vie de sa population, à la compétence de sa jeunesse et à la résilience de ses communautés. C’est sur ce terrain que se jouera l’avenir du pays.

Mohamed BNEIJARA

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