L’élevage occupe une place centrale dans l’économie mauritanienne. Avec un cheptel approchant les 29 millions d’animaux — soit près de sept fois la population humaine du pays — il dépasse largement le cadre d’un simple secteur agricole. Il constitue le socle des zones rurales, un moteur économique essentiel et un symbole identitaire profondément enraciné dans l’histoire nationale.

Ce potentiel est considérable, mais sa pleine réalisation dépend avant tout des femmes et des hommes qui le font vivre chaque jour. Pourtant, ces éleveurs, véritables gardiens du patrimoine animalier national, restent paradoxalement exclus de nombreux programmes publics.

En Mauritanie, l’élevage représente environ 15 % du PIB et constitue la principale source de revenus pour plus de 60 % des ménages ruraux. Il alimente les marchés locaux en viande et en lait, soutient le commerce transfrontalier avec des pays comme le Mali et le Sénégal, et joue un rôle stratégique dans la sécurité alimentaire du pays.

Cependant, derrière ces chiffres se cache une réalité préoccupante. On vaccine les animaux, mais on oublie souvent les enfants des éleveurs. On protège le cheptel, mais on néglige les familles qui en dépendent. Les communautés pastorales, aujourd’hui, forment une part importante de la population laissée pour compte. Elles sont rarement consultées lors de l’élaboration des politiques publiques et sont peu intégrées dans les enquêtes nutritionnelles comme les méthodes SMART ou les systèmes de suivi de la sécurité alimentaire (FSMS). Beaucoup d’entre elles ne figurent pas dans le registre social, ce qui limite leur accès aux mécanismes de protection sociale.

L’accès des enfants d’éleveurs à la vaccination et aux services de santé de base demeure également un défi majeur, en raison de leur mobilité constante, de l’éloignement des structures sanitaires et du manque d’approches adaptées à leur mode de vie.

Cette situation engendre un déséquilibre dangereux : un secteur vital pour l’économie nationale repose sur des populations fragilisées, peu visibles dans les statistiques et insuffisamment intégrées dans les stratégies de développement.

Si la Mauritanie souhaite renforcer sa souveraineté alimentaire et moderniser son élevage, elle ne peut ignorer celles et ceux qui en constituent la colonne vertébrale. Il est impératif que le gouvernement et ses partenaires techniques et financiers accordent une attention particulière aux communautés pastorales : inclusion systématique dans les registres sociaux, adaptation des campagnes de vaccination humaine à leur mobilité, accès à l’éducation, à l’eau, aux services vétérinaires et aux marchés.

Développer l’élevage ne se limite pas à améliorer la productivité animale. Il s’agit aussi d’investir dans le capital humain pastoral.

Car sans les éleveurs, le cheptel n’est qu’un chiffre. Avec eux, il devient une véritable richesse nationale.

Mohamed BNEIJARA

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