Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.
Louanges à Allah, Seigneur des Mondes, et que les éloges et le salut soient sur notre Maître Mohamed, Ultime Messager, sur les siens et sur ses compagnons.
La Mauritanie se définit constitutionnellement comme une République islamique. Cette identité n’est pas seulement symbolique ou déclarative ; elle implique des responsabilités concrètes, notamment dans la manière dont l’État traite les personnes privées de liberté. La prison, en Islam, n’est pas un espace de vengeance sociale ni de déshumanisation, mais une mesure exceptionnelle, encadrée, visant la justice, la protection de la société et, lorsque cela est possible, la réforme de l’individu.
À ce titre, il est utile de rappeler la Résolution n°191 (6/20) du Conseil de l’Académie internationale du Fiqh islamique de l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI), adoptée lors de sa 20ᵉ session tenue à Oran en septembre 2012, consacrée aux droits des prisonniers dans la jurisprudence islamique. Cette résolution constitue aujourd’hui une référence doctrinale majeure pour l’ensemble des pays musulmans, y compris la Mauritanie.
Le Conseil y affirme clairement que la privation de liberté ne peut intervenir que sur la base d’une décision judiciaire, entourée de garanties juridiques excluant toute injustice, tout arbitraire et toute détention abusive. Il recommande également que chaque pays membre se dote d’un organe indépendant chargé de superviser les prisons, de contrôler les conditions de détention et de sanctionner toute violation des droits des détenus.
Sur le fond, la jurisprudence islamique est sans ambiguïté :
le prisonnier conserve sa dignité humaine et ses droits fondamentaux. Cela inclut le droit à une nourriture suffisante et adaptée, à des vêtements convenables, à des sanitaires propres, à l’hygiène et à la purification rituelle, ainsi que la liberté d’accomplir ses rites religieux. L’Islam insiste également sur l’accès à l’instruction, en particulier religieuse, et sur la possibilité pour les détenus de bénéficier de l’accompagnement de prédicateurs et de conseillers.
La résolution insiste aussi sur des dimensions souvent négligées :
le droit du prisonnier à maintenir des liens familiaux, à recevoir des visites de proches de bonne moralité, et même à rencontrer son épouse dans des conditions respectant la confidentialité et la dignité. Elle souligne enfin l’importance de la formation professionnelle et du travail en détention, avec une rémunération équitable, afin de préparer la réinsertion et d’éviter que la prison ne devienne une école de marginalisation.
Plus encore, le Conseil appelle les États musulmans à limiter autant que possible les peines privatives de liberté, à réduire strictement la détention préventive, à fixer des plafonds clairs à sa durée et à privilégier, lorsque la Charia le permet, des peines alternatives afin d’éviter les effets destructeurs de l’enfermement prolongé. Il recommande également l’adoption de lois garantissant l’indemnisation des personnes innocentées après détention, ainsi que la poursuite des auteurs de sévices ou de mauvais traitements.
Ces principes ne relèvent ni de l’importation de normes étrangères ni d’une lecture moderne opportuniste : ils sont pleinement enracinés dans le Coran, la Sunna et les objectifs supérieurs de la Charia (maqāṣid), qui placent la dignité humaine, la justice et la prévention de l’injustice au cœur de l’action publique.
Dans ce contexte, la Mauritanie est interpellée, non pour être stigmatisée, mais pour être fidèle à ce qu’elle proclame être. Veiller à ce que ses prisons respectent les exigences de l’Islam, c’est renforcer l’État de droit, prévenir les abus, protéger la société et honorer une identité religieuse qui se veut source de justice et de miséricorde, et non d’humiliation ou d’arbitraire.
Comme le rappelle la vision stratégique de l’Académie internationale du Fiqh islamique, l’Islam possède la capacité pleine et entière de répondre aux défis contemporains et de garantir le bonheur, la stabilité, la paix et la sécurité de l’être humain, ici-bas et dans l’au-delà. Encore faut-il que ses principes ne restent pas lettre morte, mais se traduisent en politiques publiques concrètes, y compris derrière les murs des prisons.
Dans un État islamique, la manière dont sont traités les plus faibles — y compris les détenus — demeure l’un des critères les plus révélateurs de la sincérité de son engagement religieux et moral.
Mohamed BNEIJARA