Dans un contexte marqué par une crise sociale et une instabilité institutionnelle persistante, la Mauritanie s’engage dans un dialogue national destiné à restaurer la confiance entre les citoyens et leurs institutions. Cependant, l’incapacité du système à assurer la transparence, à lutter contre la corruption et à instaurer une gouvernance crédible demeure un obstacle majeur.

De plus, la majorité des acteurs politiques, qui auparavant revendiquaient l’opposition, ont fini par se rapprocher du pouvoir, vidant ainsi l’opposition de sa substance et affaiblissant la crédibilité du processus démocratique. Dans ce climat, le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani semble peiner à tenir ses promesses de changement profond. Bien qu’il affiche la volonté de transformer le pays, il continue de s’appuyer sur des figures impliquées ou complices des dérives passées, ayant servi tous les régimes successifs. Peut-on espérer une réforme sincère avec ceux qui ont contribué à l’échec du système ?

Lors de son premier entretien avec les différentes parties prenantes, le président a exprimé son ambition de poser des bases durables pour la Mauritanie, afin d’offrir aux générations futures une nation plus crédible, plus juste et plus réconciliée. Pourtant, cette noble aspiration se heurte à une réalité politique dominée par les mêmes réseaux, habitudes et réflexes de toujours.

La stratégie du « diviser pour mieux régner » reste bien vivante. Les cercles d’influence surveillent chaque initiative présidentielle : à la moindre avancée, ils la détournent, la ralentissent ou l’anéantissent. La publication du rapport de la Cour des comptes et l’engagement du président quant à sa mise en œuvre ont rapidement été relégués au second plan, éclipsés par des tournées à l’intérieur du pays ou des inaugurations symboliques. La priorité pour l’assainissement de l’État semble ainsi mise en suspens.

Pourtant, ces enjeux sont largement reconnus, y compris par le président lui-même, qui insiste sur la nécessité d’un dialogue sincère. La question cruciale demeure : avec qui dialoguer ? Quels acteurs peuvent légitimement représenter la population, lorsque l’opposition a perdu sa crédibilité et sa légitimité ?

Face à cette impasse, et en tant que président de l’ensemble des Mauritaniens, il aurait peut-être été plus urgent de renforcer d’abord les institutions de l’État, de s’engager dans une mise en œuvre rigoureuse de son programme et de sa vision, plutôt que de dialoguer au nom d’un peuple dont la voix semble absente de ce processus.

Il est également indispensable de traiter les blessures du passé humanitaire et les séquelles laissées par l’esclavage. Créer de l’espoir pour la jeunesse, représentant plus de 60 % de la population, doit devenir une priorité, tout comme le développement agricole : un secteur stratégique pour un pays qui dépend actuellement de l’importation de plus de 70 % de ses besoins alimentaires.

La Mauritanie a besoin de changement, d’une transparence authentique, d’une inclusion sincère et d’une gouvernance centrée sur le service du peuple. À chaque cycle politique, de nouveaux slogans apparaissent pour masquer l’absence de réformes profondes. Pour cette fois, il faut aller au-delà des discours : il est urgent que les pouvoirs publics ouvrent davantage l’espace aux opposants et aux opinions divergentes, afin de transcender les clivages, de bâtir un consensus partagé et de concrétiser une vision collective, plutôt que de simplement aligner toutes les parties sur une unique orientation.

Mohamed BNEIJARA

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