À l’approche du dialogue national, une question fondamentale s’impose : voulons-nous un véritable tournant pour la Mauritanie ou un énième exercice de façade ? Car aucun dialogue ne peut réussir s’il ne s’attaque pas avec courage aux responsabilités réelles de l’État et aux devoirs incontournables des citoyens.
L’État ne peut plus se contenter de promesses. Sa première obligation est claire : protéger ses citoyens, garantir leurs droits et assurer leur dignité. La sécurité ne doit pas être sélective, la justice ne doit pas être à géométrie variable et l’éducation ne peut rester un privilège. Sans une justice indépendante, sans institutions crédibles et sans services publics efficaces, le discours sur le dialogue national sonne creux. Restaurer la confiance n’est pas un slogan : c’est un impératif politique et moral.
Mais l’exigence ne doit pas être à sens unique. La citoyenneté n’est pas une posture, c’est une responsabilité. On ne peut réclamer l’État de droit tout en méprisant la loi. On ne peut exiger des services publics tout en refusant de contribuer à leur financement. Le respect des lois, le paiement des impôts et la participation active à la vie civique sont les fondations mêmes du contrat social.
Les devoirs juridiques sont non négociables. Le respect des lois garantit l’ordre public et la sécurité collective. Le paiement des impôts n’est pas une option : il conditionne l’accès à l’éducation, à la santé et à la sécurité pour tous. Quant aux devoirs moraux, ils sont tout aussi essentiels. Le respect des droits d’autrui, l’engagement civique et la solidarité ne relèvent pas du discours, mais de l’action quotidienne.
Participer au dialogue national, ce n’est pas seulement prendre la parole : c’est accepter la contradiction, respecter l’autre et agir pour l’intérêt général. Voter, s’impliquer, s’organiser et refuser la haine sont des actes politiques au sens noble du terme. Une société qui renonce à ces valeurs s’expose à la fracture, à l’injustice et à l’instabilité.
Aujourd’hui, la Mauritanie est à la croisée des chemins. Ce dialogue ne doit pas être confisqué par des calculs politiciens ni vidé de son sens par des compromis de circonstance. Il doit être un moment de vérité, où l’État assume ses manquements et où les citoyens prennent pleinement leur part de responsabilité.
Sans courage politique, sans engagement citoyen et sans respect mutuel des droits et des devoirs, le dialogue national échouera. Mais avec lucidité, exigence et sens du bien commun, il peut devenir le socle d’une Mauritanie plus juste, plus forte et véritablement réconciliée avec elle-même.
Mohamed BNEIJARA