Le débat récent autour de la régulation des téléphones en Mauritanie mérite d’être abordé avec sérieux, lucidité et sens des responsabilités. Les préoccupations tant des citoyens que des acteurs économiques sont légitimes, et toute mesure fiscale ou réglementaire doit pouvoir être discutée, voire réévaluée si nécessaire.

Ce qui interpelle aujourd’hui, c’est la tendance inquiétante à faire porter toute la responsabilité sur une seule figure, en l’occurrence le Premier ministre, Mokhtar Ould Diaye. Cette personnalisation excessive du débat ne reflète ni la réalité institutionnelle ni le fonctionnement normal de l’État.

Dans une économie structurée, la régulation commence généralement à l’entrée du marché : importation, dédouanement et circuits de distribution. Lorsque ces mécanismes sont insuffisamment maîtrisés, la régulation tend à se concentrer sur le point le plus visible et le plus facile à contrôler : le consommateur.

Pour autant, réguler à la seule source de consommation ne permet pas de corriger les faiblesses structurelles du système. Au contraire, cela risque de faire porter la charge sur le maillon le plus vulnérable de la chaîne économique : le citoyen.

La véritable question ne concerne donc pas uniquement la manière de contrôler les téléphones, mais plutôt la maîtrise des circuits économiques qui permettent leur entrée et leur circulation sur le marché.

Au-delà de cette dimension technique, un autre problème se pose dans le débat public : la tentation de transformer une décision relevant d’un cadre institutionnel en une responsabilité individuelle. Or, les politiques fiscales et économiques ne sont jamais le fruit d’une volonté isolée. Elles résultent d’un processus institutionnel impliquant l’administration, le gouvernement, les instances de décision et le cadre légal dans lequel l’action publique s’inscrit.

C’est pourquoi laisser le Premier ministre seul face à cette polémique serait non seulement injuste, mais aussi politiquement risqué. Injuste, car aucune politique publique ne se décide en isolation dans un système institutionnel. Risqué, car en isolant une seule personne responsable, on fragilise l’image de cohérence et de solidarité qui doit caractériser l’action de l’État.

Un gouvernement fonctionne sur le principe de la solidarité institutionnelle. Lorsqu’une décision soulève un débat ou révèle des limites dans son application, c’est l’ensemble du système qui doit en assumer la responsabilité, analyser ses effets et, si besoin, procéder aux ajustements nécessaires.

Chercher à faire reposer toute la responsabilité sur une seule personne revient en réalité à fragiliser l’État lui-même. Dans un contexte où la Mauritanie s’engage dans de grands chantiers de développement et de réformes sous l’impulsion du président Mohamed Ould Ghazouani, il est crucial de préserver la crédibilité et la cohérence de l’action publique.

L’opinion publique est attentive. Lorsque les institutions semblent abandonner l’un de leurs représentants face au flot du débat, cela peut être perçu comme un signe de fragilité du système dans son ensemble.

Toute œuvre humaine est perfectible. Les politiques publiques peuvent être modifiées, ajustées ou suspendues en fonction des réalités du terrain. C’est précisément cette capacité d’adaptation qui renforce la crédibilité d’un État moderne.

L’enjeu n’est donc pas de désigner un seul responsable, mais de corriger les mécanismes défaillants, dans un esprit de responsabilité collective et dans l’intérêt des citoyens. Au final, la force d’un État ne se mesure pas à sa capacité à désigner des coupables, mais à sa capacité à assumer collectivement ses décisions, à les améliorer et à continuer d’avancer pour le bien du pays.

Mohamed BNEIJARA

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