Le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani avait promis au peuple mauritanien la tenue d’un débat national sincère, courageux et porteur de changement. Un tel dialogue devait permettre de rompre avec les pratiques du passé et de poser les bases d’une gouvernance moderne, équitable et adaptée à notre réalité. Cependant, une inquiétude grandit aujourd’hui parmi la majorité des citoyens quant à la sincérité et la portée réelle de ce processus. Le président lui-même a reconnu, mardi dernier, lors de la première réunion, la nécessité de dépasser les intérêts étroits, y compris ceux liés à sa propre gestion du pouvoir, afin de se projeter vers une vision utile pour l’avenir de la Mauritanie, sa cohésion et sa gouvernance.
Un grand danger guette ce début de dialogue : il risque d’être détourné vers des querelles de représentation, telles que l’identification des invités, les exclusions, ou le nombre de participants. Associations d’imams, diaspora, organisations diverses : chacun revendique sa place à la table, tandis que les véritables enjeux du pays restent relégués au second plan. Nous assistons déjà à un dialogue de façade, dénué de véritable profondeur.
Pourtant, la Mauritanie n’a pas besoin d’un simple recensement de participants. Elle exige des réponses claires à des questions cruciales : pourquoi nos institutions ne fonctionnent-elles pas ? Pourquoi la pauvreté persiste malgré nos discours ? Pourquoi la jeunesse n’a-t-elle pour seul horizon que l’exil ou la résignation ? Pourquoi l’État de droit demeure-t-il un slogan plutôt qu’une réalité tangible ?
Les partis politiques rencontrés par le président se sont contentés de compter leurs sièges plutôt que de proposer des idées concrètes. Ce comportement trahit un système au bord de l’implosion, incapable d’introspection. Continuer dans cette voie, c’est condamner le dialogue à l’échec dès ses prémices.
Un véritable débat national aurait dû débuter par des concertations sectorielles sérieuses : agriculture, santé, éducation, emploi, justice, société civile, oulémas, diaspora. Ces échanges, conduits par des ministères compétents, avec la participation de techniciens, d’experts et d’acteurs de terrain, auraient permis d’élaborer des propositions concrètes, chiffrées et applicables. Mais cela exige du courage politique.
Plus préoccupant encore, aucune réflexion sérieuse ne semble engagée sur la réelle utilité de nos institutions constitutionnelles. Certaines survivent sans impact, sans résultats concrets ni reddition de comptes. Un État sérieux doit évaluer, réformer ou supprimer ce qui ne sert plus l’intérêt général. Sans ce diagnostic honnête, le dialogue ne sera qu’un simple écran de fumée.
Il faut le dire clairement : le principal obstacle au changement ne réside pas dans l’opposition, mais au sein même de la majorité présidentielle. Toute réforme menace certains privilèges, rentes ou positions acquises. Il est donc naturel que ceux qui profitent du statu quo résistent. Pourtant, un président engagé dans la réforme ne peut gouverner en craignant de déplaire à ses propres alliés.
Le peuple mauritanien n’attend pas un simple débat pour occuper le temps politique. Il demande des actes, des décisions courageuses et une rupture authentique avec les pratiques qui ont affaibli l’État et brisé la confiance. Si le débat national ne permet pas un diagnostic lucide ni des engagements clairs, il ne sera qu’une occasion manquée supplémentaire.
La Mauritanie mérite mieux. Son peuple mérite mieux. Et l’Histoire jugera.
Mohamed BNEIJARA