out au long de l’histoire, les crises ont souvent été des moments décisifs, non seulement marquant des ruptures, mais aussi révélant une lucidité essentielle. Elles forcent à affronter les dysfonctionnements accumulés, à corriger les dérives et à poser les bases d’une gouvernance plus efficiente. L’expérience internationale en témoigne largement : des pays comme l’Allemagne et le Japon, profondément marqués par les destructions de la Seconde Guerre mondiale, ont su transformer l’adversité en opportunité pour bâtir des systèmes économiques et administratifs performants, fondés sur la rigueur, la planification et la transparence.
Aujourd’hui, face aux défis que nous rencontrons, notre pays se trouve à un tournant similaire. La crise que nous traversons, quelle qu’en soit la nature, doit être perçue comme une occasion stratégique d’engager des réformes structurelles en profondeur. Parmi celles-ci, il est essentiel de réaliser un état précis et rigoureux du patrimoine de l’État, en particulier celui de ses véhicules administratifs, notamment les 4×4.
Cette question peut sembler technique, mais elle revêt une dimension hautement politique et symbolique. Elle concerne la capacité de l’État à se connaître lui-même, à maîtriser ses ressources et à en assurer une gestion rationnelle. Il est aujourd’hui indispensable que chaque département ministériel puisse rendre compte, de manière transparente, du nombre exact de véhicules en sa possession, de leur état, de leur usage et de leur affectation.
Une telle démarche constitue le point de départ d’une réforme plus large de la gestion du patrimoine public. En effet, le constat est sans appel : l’absence d’un suivi rigoureux a conduit à un désordre généralisé, où certains véhicules ont été abandonnés, tandis que d’autres ont été utilisés de manière inappropriée, parfois à des fins éloignées de l’intérêt général. Dans certains cas, ces biens publics ont même servi d’outils de communication ou de visibilité pour des partenaires extérieurs, soulevant ainsi des questions sensibles relatives à la souveraineté et à l’image de l’État.
Il devient donc urgent d’instaurer un système moderne de gestion et de suivi du parc automobile de l’État. La digitalisation apparaît comme une solution incontournable. La mise en place d’un outil numérique centralisé permettrait d’identifier chaque véhicule, de suivre en temps réel son utilisation, son entretien et son affectation. Une telle réforme renforcerait la transparence, limiterait les abus et optimiserait l’utilisation des ressources publiques.
Au-delà de la question des véhicules, c’est toute une culture de gestion qu’il faut faire évoluer. L’État ne peut plus se permettre une administration approximative de ses biens ; il doit, au contraire, s’inscrire dans une logique de performance, de responsabilité et de redevabilité.
Ainsi, la crise présente, loin d’être une contrainte, peut devenir un levier puissant de transformation. À condition de tirer les leçons nécessaires, elle peut ouvrir la voie à une gouvernance plus rigoureuse, plus moderne et plus respectueuse de l’intérêt général. C’est dans cette capacité à transformer les difficultés en opportunités que se mesure la résilience d’une nation.
Mohamed BNEIJARA