Aujourd’hui encore, l’un des principaux défis de la Mauritanie demeure le renforcement de la cohésion sociale et du vivre-ensemble dans une société en pleine mutation. Dans un contexte régional marqué par les tensions communautaires, politiques et religieuses, notre pays a l’obligation d’anticiper et de consolider les fondements de son unité nationale.
Cohésion sociale, tolérance, citoyenneté, égalité des chances : ces notions ne doivent pas rester de simples slogans. Elles doivent guider l’action publique et structurer les politiques nationales. Comme dans plusieurs pays de la sous-région, l’intégration nationale est mise à rude épreuve par des replis identitaires et des logiques communautaires qui fragilisent le tissu social.
La communautarisation de la gestion publique constitue aujourd’hui l’un des dangers les plus sérieux. La nomination sur la base des appartenances communautaires, présentée parfois comme une forme de discrimination positive, a souvent produit l’effet inverse : elle accentue les divisions au lieu de les corriger. L’État doit garantir l’équité entre tous les citoyens, sans distinction de couleur, d’ethnie ou d’origine sociale. Le seul critère légitime doit être la citoyenneté, complétée par la compétence et le mérite.
Dans de nombreux cas, le pouvoir continue d’être exercé selon des logiques traditionnelles où les jeunes sont marginalisés au profit des anciens, comme dans une société tribale figée. Or, aucune nation ne peut progresser durablement en excluant sa jeunesse des sphères de décision et de responsabilité.
La question linguistique demeure également un facteur de tension. Le débat entre arabe et français, mal géré, pénalise l’ensemble des communautés. Une arabisation mal préparée, combinée à une offre éducative inégale, crée un système à deux vitesses : certains bénéficient d’un enseignement de qualité, souvent dans des écoles privées ou francophones, tandis que la majorité se retrouve dans un système qui ne garantit ni maîtrise linguistique solide ni débouchés professionnels réels. Cette situation alimente un profond sentiment d’injustice.
Au-delà des clivages communautaires, les jeunes, toutes origines confondues, partagent les mêmes difficultés : mauvaise qualité de l’enseignement, chômage élevé, absence de perspectives claires. En milieu urbain comme rural, beaucoup ne bénéficient d’aucun accompagnement structuré pour entreprendre, investir localement ou développer des projets viables créateurs d’emplois.
Ces frustrations accumulées nourrissent un sentiment d’exclusion et d’être en marge de la société. Si elles ne sont pas prises en compte avec lucidité et courage politique, elles peuvent fragiliser davantage la paix sociale.
La Mauritanie dispose pourtant d’atouts considérables : sa diversité culturelle, sa tradition de coexistence pacifique et la vitalité de sa jeunesse. Mais pour transformer ces atouts en force durable, il est impératif de bâtir un contrat social fondé sur l’égalité réelle, la justice, la compétence et l’inclusion.
Le vivre-ensemble ne se décrète pas. Il se construit par des politiques publiques équitables, une école réformée, une gouvernance exemplaire et une réelle ouverture aux jeunes. C’est à ce prix que la Mauritanie pourra consolider son unité nationale et préserver durablement sa paix sociale.
Mohamed BNEIJARA