La Mauritanie a besoin d’un État qui regarde loin, d’une opposition responsable et d’une jeunesse mobilisée pour construire.

La Mauritanie traverse, comme le reste du monde, une période nouvelle. Les réseaux sociaux ont profondément changé notre rapport à la parole publique. Chacun peut désormais s’exprimer, interpeller, critiquer, mais aussi provoquer. Une déclaration peut faire le tour du pays en quelques minutes et transformer un désaccord en polémique nationale. Cette nouvelle réalité impose une responsabilité à tous: l’État doit garder son sang‑froid, l’opposition éviter la surenchère, les médias privilégier la responsabilité et les citoyens mesurer la portée de leurs paroles.

L’autorité doit s’exercer avec mesure. L’État a une responsabilité particulière : maintenir l’ordre, protéger les citoyens, faire respecter la loi et garantir les droits. Lorsqu’une infraction est commise, la justice doit pouvoir agir conformément aux règles de droit. Il ne serait pas juste de considérer toute intervention des autorités comme une dérive. Cependant, l’autorité publique doit aussi savoir distinguer critique, provocation et infraction. Un État fort n’a pas besoin de répondre à chaque polémique: il choisit ses priorités et agit avec mesure. Cette retenue n’est pas une faiblesse; elle peut, au contraire, renforcer la confiance dans les institutions.

L’opposition a également une responsabilité. Il serait injuste de demander uniquement au pouvoir de faire preuve de retenue. L’opposition politique, les militants et les influenceurs ont eux aussi une responsabilité. La liberté d’expression est une richesse, mais elle implique le respect des personnes, des institutions et de la vérité. La critique peut être ferme sans devenir une attaque personnelle. Le désaccord peut être profond sans devenir une confrontation permanente. L’opposition doit pouvoir critiquer le pouvoir; le pouvoir doit pouvoir entendre la critique. Mais chacun doit rester dans les limites du droit et de la responsabilité. C’est ainsi que le débat démocratique devient utile au pays.

Ne faisons pas de la jeunesse l’otage de nos querelles. Notre jeunesse mérite mieux que d’être le théâtre de confrontations politiques. Elle mérite des emplois, des formations, des responsabilités et des perspectives. Elle ne doit pas être instrumentalisée par quelque camp que ce soit. Lorsqu’un jeune est entraîné dans une polémique politique, le pays ne gagne rien. Lorsqu’il est mobilisé pour nettoyer sa ville, protéger l’environnement, participer à un projet économique ou servir sa communauté, toute la nation en bénéficie. Voilà le véritable enjeu.

Le respect doit fonctionner dans les deux sens. Derrière le Président, il y a des citoyens; derrière l’opposition, il y a également des citoyens; derrière chaque responsable politique, il y a des électeurs, des familles et des militants. Respecter les institutions ne signifie pas renoncer à la critique. Critiquer le pouvoir ne signifie pas rejeter l’État. Être dans l’opposition ne signifie pas être contre la Nation. Appartenir à la majorité ne signifie pas avoir raison sur tout. La démocratie consiste précisément à faire vivre ces différences sans transformer l’adversaire politique en ennemi.

Sortons la vie privée du débat politique. Il est temps de mettre fin à une pratique qui appauvrit le débat: l’utilisation de la vie privée, des familles, des rumeurs et des faiblesses personnelles comme armes politiques. Nous devons parler des politiques publiques, des résultats et des solutions. Le citoyen attend des réponses sur l’école, la santé, l’emploi, l’eau, l’environnement, les routes et l’avenir de ses enfants. C’est sur ces sujets que nous devons nous affronter: par les idées, les programmes et les résultats.

Notre cohésion sociale est notre bien le plus précieux. Une polémique peut disparaître en vingt-quatre heures; une fracture sociale peut durer des générations. La Mauritanie doit préserver ses équilibres, ses valeurs sociales, culturelles et religieuses, ainsi que son esprit de solidarité. Le pouvoir, l’opposition, la société civile, les médias et les citoyens ont tous une part de responsabilité. Aucun camp ne peut prétendre être totalement extérieur au climat politique du pays.

Transformons l’énergie de la jeunesse en énergie nationale. La question est simple: que voulons-nous faire de cette formidable énergie? Pourquoi ne pas lancer de véritables programmes citoyens pour la propreté des villes, le reboisement, la protection de l’environnement, l’entretien des espaces publics et le développement local? Pourquoi ne pas permettre à des jeunes de différentes régions et communautés de travailler ensemble? Un jeune qui nettoie son quartier construit son pays. Un jeune qui plante un arbre pense à la génération suivante. Un jeune qui travaille aux côtés d’un autre jeune découvre que leurs différences sont moins importantes que leur avenir commun.

Quand on construit, on n’a plus le temps de se quereller. La Mauritanie a besoin de chantiers: des chantiers économiques, sociaux, environnementaux et des chantiers pour la jeunesse. Mobilisons les élus, les oulémas, les entrepreneurs, les universitaires, la société civile, les médias et toutes les forces vives du pays. Quand on lance les chantiers pour bâtir, on n’a plus le temps de se quereller.

Le temps est venu de regarder devant. Le pouvoir doit résister à la provocation; l’opposition doit éviter la surenchère; les médias doivent résister au sensationnalisme; les citoyens doivent vérifier avant de partager; et la jeunesse doit être considérée non comme un problème à gérer, mais comme une force à responsabiliser. La Mauritanie a trop de défis pour gaspiller son énergie dans des querelles secondaires. Le chômage est réel; les besoins sociaux sont réels; les défis environnementaux sont réels; les attentes de notre jeunesse sont réelles. C’est là où doit aller notre énergie. La Mauritanie n’a besoin ni d’un pouvoir constamment sur la défensive, ni d’une opposition constamment dans la confrontation. Elle a besoin d’un État fort dans le droit, d’une opposition forte dans les idées et d’une jeunesse forte dans l’action. Nous pouvons continuer à nous répondre par la polémique ou nous pouvons choisir de nous répondre par le travail. Notre jeunesse ne doit pas être notre champ de bataille: elle doit être notre chantier d’avenir.

Mohamed BNEIJARA

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