Avec une population d’environ 5 millions d’habitants, la Mauritanie fait face à un défi crucial qui pourrait compromettre son avenir : un chômage massif chez les jeunes. Comme beaucoup de ses voisins de la région, le pays souffre d’une politique de l’emploi mal adaptée aux réalités démographiques et économiques actuelles. Selon les statistiques, les jeunes représentent environ 60 % de la population, constituant à la fois un levier potentiel de développement et une source de vulnérabilité si cette frange demeure marginalisée.
La fonction publique, longtemps considérée comme l’unique débouché pour les diplômés, ne peut plus absorber la demande croissante d’emplois. Les recrutements y restent limités, souvent irréguliers, et ne suivent pas le rythme des nouvelles arrivées sur le marché du travail. Par ailleurs, le secteur privé, encore fragile et peu structuré, voit ses capacités d’embauche diminuer en raison de difficultés d’accès au financement, d’un environnement des affaires peu incitatif et d’un faible niveau d’industrialisation.
Face à cette réalité, l’État doit repenser en profondeur sa politique de l’emploi. Il ne s’agit plus simplement de créer des postes dans l’administration, mais d’élaborer une stratégie de redistribution intelligente et productive, axée sur le soutien à des projets porteurs d’emplois durables. Les secteurs à fort potentiel tels que l’agriculture, l’élevage, la pêche, les énergies renouvelables, le numérique et l’industrie de transformation doivent être au cœur de cette politique.
Les alertes internationales soulignent l’urgence de la situation. Dans un rapport publié le 13 janvier, la Banque mondiale avertit que « ce n’est que le début de la crise » : d’ici 2035, 1,2 milliard de jeunes âgés de 15 à 24 ans entreront sur le marché du travail dans les pays en développement. Cette pression démographique constitue un défi sans précédent pour les gouvernements, qui tardent à anticiper cette évolution.
Partout en Afrique et en Asie, le chômage des jeunes est déjà perçu comme une menace directe à la stabilité nationale. Au Ghana, le ministre du Développement, George Opare-Addo, qualifie cette situation de « bombe à retardement ». Au Bangladesh, la question occupe une place centrale dans le débat électoral, tant ses implications sociales et politiques sont lourdes. Ces exemples montrent que le chômage des jeunes dépasse la simple problématique économique : il constitue une question de paix, de sécurité et de gouvernance.
En Mauritanie, l’inaction ou des réponses partielles risquent d’avoir des conséquences désastreuses : montée de la pauvreté, exodes irréguliers, criminalité, radicalisation, tensions sociales et fragilisation du tissu économique. À l’inverse, investir dans l’entrepreneuriat des jeunes, soutenir les initiatives locales, faciliter l’accès au crédit, renforcer la formation professionnelle et aligner le système éducatif sur les besoins du marché pourraient transformer ce défi en une opportunité historique.
L’avenir du pays dépend largement de sa capacité à offrir une perspective crédible à sa jeunesse. Une jeunesse employée est un moteur de croissance et de stabilité, tandis qu’une jeunesse abandonnée devient, tôt ou tard, un risque pour la cohésion nationale.
Mohamed BNEIJARA