La situation du système de santé en Mauritanie, marquée par une dépendance croissante à l’assistance extérieure, mérite aujourd’hui un débat lucide et courageux. L’appui de certaines ONG étrangères, notamment celles issues des Émirats arabes unis, ou encore les actions visibles à l’hôpital de Rosso, soulèvent une question fondamentale : où commence et où s’arrête la souveraineté de l’État mauritanien ?
Personne ne nie l’importance, ni parfois la nécessité, de l’aide internationale dans un contexte de ressources limitées. Toutefois, cette assistance ne saurait justifier la banalisation d’un phénomène préoccupant : la transformation progressive des infrastructures publiques de santé en supports de communication, de charité ostentatoire ou de visibilité étrangère.
Il est devenu courant de voir, sur des centres de santé, des hôpitaux publics et même sur des véhicules de services de l’État, des drapeaux, logos et symboles de pays étrangers. Cette pratique, tolérée voire encouragée par l’absence de régulation, envoie un signal grave : celui d’un État qui ne protège ni ses biens publics ni ses symboles, et qui accepte que tout soit permis dès lors qu’un financement extérieur est en jeu.
Dans aucun État véritablement souverain, les hôpitaux publics ne servent de vitrines permanentes à des puissances étrangères, quelles que soient la générosité ou la qualité de leur soutien. La coopération internationale repose sur le partenariat et le respect mutuel, non sur la substitution symbolique de l’État bénéficiaire.
Au-delà de l’image, cette situation pose un problème de fond. Elle fragilise l’autorité publique, entretient une culture de dépendance et contribue à délégitimer l’action de l’État aux yeux des citoyens, qui finissent par associer les services essentiels non plus à leur pays, mais à des acteurs extérieurs.
Il est temps que les autorités mauritaniennes ouvrent les yeux et assument pleinement leur rôle. Cela passe par la protection stricte du domaine public, l’encadrement clair de la visibilité des partenaires étrangers et le respect des symboles nationaux. La souveraineté ne se limite pas aux discours ; elle s’exprime aussi dans la manière dont un État gère, protège et valorise ses propres infrastructures.
L’aide internationale est une richesse lorsqu’elle s’inscrit dans un cadre clair. Mais lorsqu’elle empiète sur la dignité nationale et l’autorité de l’État, elle devient un facteur de fragilisation. La Mauritanie ne peut plus se permettre cette confusion.
Mohamed BNEIJARA