Il est devenu rare, ces derniers mois, de parcourir les réseaux sociaux sans tomber sur des images ou des communiqués faisant état de saisies de drogue en Mauritanie. Avions, axes frontaliers avec le Sénégal et le Mali, routes menant vers Atar, route du maroc,sans oublier Nouakchott : le phénomène semble s’étendre, se banaliser et toucher désormais l’ensemble du territoire national.
Ce qui inquiète le plus n’est pas seulement l’ampleur apparente du trafic, mais le sentiment grandissant que la Mauritanie, pays à 100 % musulman, est en train de devenir une plateforme de transit pour le trafic de drogue dans la région. Une réalité lourde de conséquences, tant sur le plan moral que sécuritaire, social et économique.
Plus troublant encore est le faible nombre de personnes arrêtées et poursuivies en lien avec ces saisies pourtant spectaculaires. Les communiqués officiels évoquent des quantités importantes de drogue interceptées, mais très peu de réseaux démantelés, très peu de responsables identifiés, et encore moins de condamnations dissuasives rendues publiques. Cette disproportion nourrit le doute, alimente les rumeurs et affaiblit la confiance des citoyens.
Par ailleurs, des dispositifs de lutte autrefois visibles semblent avoir disparu. Les chiens renifleurs, qui étaient présents dans les lieux de contrôle stratégiques — aéroports, postes frontaliers, axes routiers — ne sont presque plus visibles. Cette absence renforce l’impression d’un relâchement, voire d’une tolérance de fait face à une situation pourtant extrêmement grave.
Cette dynamique est dangereuse. À l’intérieur du pays, elle menace la jeunesse, fragilise la cohésion sociale et alimente d’autres formes de criminalité. À l’extérieur, elle projette une image très négative de la Mauritanie, en contradiction totale avec ses valeurs islamiques, son histoire et les discours officiels sur la sécurité et la stabilité.
La lutte contre la drogue ne peut être sélective, silencieuse ou symbolique. Elle exige une volonté politique claire, des moyens visibles, une transparence dans les procédures et surtout une égalité devant la loi, quel que soit le rang ou les protections dont bénéficient les individus impliqués.
Face à ce fléau, le silence et l’inaction ne sont plus une option. La crédibilité de l’État, la sécurité nationale et l’honneur du pays sont en jeu.
Mohamed BNEIJARA