La Mauritanie se trouve confrontée à une crise profonde et durable de l’emploi des jeunes, qui menace directement la stabilité sociale, la paix et l’avenir du pays. Malgré les discours officiels et les programmes mis en avant, les politiques publiques restent prisonnières d’un raisonnement à court terme, dépourvu de vision stratégique et d’impact réel.

Formations sans débouchés, stages sans perspective, projets dits « générateurs de revenus » distribués au compte-gouttes… tout cela ressemble davantage à un saupoudrage politique qu’à une véritable politique nationale de l’emploi. Ces approches entretiennent l’illusion de l’action tout en laissant des milliers de jeunes dans l’attente, la frustration et le découragement.

Pendant ce temps, les secteurs vitaux de l’économie nationale restent délaissés faute de cadres compétents et de main-d’œuvre qualifiée. L’agriculture et l’élevage, piliers historiques de notre souveraineté alimentaire, demeurent sous-exploités. L’enseignement souffre d’un manque de ressources humaines formées. Le secteur minier, notamment l’orpaillage et l’industrie aurifère, continue de générer des richesses sans créer suffisamment d’emplois structurés pour les jeunes Mauritaniens.

Il est temps de rompre avec cette gestion à vue et d’élaborer une stratégie nationale ambitieuse de création massive d’emplois. Les secteurs agricoles, pastoraux, éducatifs et miniers doivent faire l’objet de vrais business plans axés sur le travail, la production et la transformation locale, capables d’absorber le maximum de jeunes.

Ces jeunes ne demandent pas l’assistanat. Ils exigent une formation utile, un encadrement professionnel, un accès réel au financement et à la terre, aux équipements et aux marchés. Investir dans ces leviers, c’est transformer une génération souvent perçue comme un problème en première richesse du pays.

Rappelons une évidence trop souvent ignorée: près de 60 % de la population mauritanienne est composée de jeunes. Les marginaliser davantage, c’est préparer l’instabilité de demain. Leur offrir des perspectives économiques claires, c’est au contraire stimuler la croissance, renforcer la cohésion sociale, consolider la paix et assurer une redistribution plus juste des revenus.

La question de l’emploi des jeunes n’est pas un simple dossier parmi d’autres. C’est le cœur du contrat social. Sans courage politique, sans réorientation des priorités budgétaires et sans responsabilisation des acteurs publics et privés, la Mauritanie continuera de perdre son temps, son énergie et son avenir.

Mohamed BNEIJARA

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