En Mauritanie, l’attachement à l’État de droit, à la démocratie et à l’égalité, tel que inscrit dans notre Constitution, est souvent proclamé. Cependant, les faits montrent que nos pratiques demeurent ancrées dans des logiques d’exclusion et de privilèges, que d’autres nations, malgré leurs différences raciales ou ethniques, ont largement surmontées.

Pourquoi continuons-nous à revendiquer un pays démocratique tout en maintenant des pratiques archaïques ?

Il est temps de confronter nos contradictions. Comment expliquer qu’aucun Hartani n’ait encore accédé à la présidence de la République dans une nation qui se dit indivisible ? Pourquoi est-il si difficile d’envisager un Poular, un Soninké ou un Wolof à la tête du gouvernement, alors que ces populations constituent les fondations de notre pays ? Si nous affirmons que les Haratines sont des Arabes comme les autres, pourquoi ne pas les voir à la présidence ? Un tel geste serait un symbole puissant et un acte audacieux pour briser les chaînes d’une hiérarchie sociale ancrée dans un passé esclavagiste.

La couleur de peau comme critère de citoyenneté ?

Sur quelle base continuons-nous à alimenter une division raciale, établissant une hiérarchie entre « Mauritaniens de première classe » et les autres ? Notre Constitution n’opère aucune distinction entre citoyens. Pourquoi alors notre pratique du pouvoir et notre appareil administratif continuent-ils à marginaliser une grande partie de la population ?

L’armée et le pouvoir : une relation tumultueuse ?

Depuis 1978, la présence militaire dans le paysage politique mauritanien est constante, tantôt en première ligne, tantôt en retrait. Pourquoi les militaires persistent-ils à garder le contrôle face à des civils ? Ce cercle fermé semble inflexible, paralysant l’alternance et étouffant les initiatives démocratiques.

Cette situation suscite même une nostalgie pour une « dictature assumée », perçue par certains comme une alternative plus transparente. Mais est-ce vraiment le choix que nous devons envisager ? Devons-nous opter entre une démocratie de façade et une dictature ouverte, faute d’une construction d’un système juste et inclusif ?

Un choix crucial pour l’avenir : ouverture ou chaos

La Mauritanie se trouve à un tournant décisif : poursuivre dans la voie du déni et de l’injustice ou embrasser enfin les valeurs républicaines qu’elle proclame. C’est dans l’équité, la reconnaissance mutuelle et la représentation équilibrée de toutes ses composantes que notre nation pourra trouver stabilité et grandeur.

Accorder la présidence à un Hartani, nommer un Poular ou un Soninké à la tête du gouvernement, garantir une réelle alternance civile : ces gestes significatifs démontreraient que notre engagement en faveur de la démocratie dépasse le simple slogan.

Il est clair que l’avenir ne peut se bâtir sur l’exclusion. Il doit se construire dans la justice, ou risquer de s’effondrer sous le poids du ressentiment.

Mohamed BNEIJARA

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