Offre de dialogue du pouvoir : Sérieux ?

Écrit par Eclairage le . Publié dans Politique

Le Calame - Le président de la République et son Premier ministre viennent d’exprimer, publiquement et donc officiellement, leur disponibilité au dialogue.

Le premier en recevant les partis politiques qui l’ont soutenu lors de la présidentielle et une figure emblématique de l’opposition, Ahmed Ould Daddah, le second lors d’un dîner offert aux députés de la majorité présidentielle, au lendemain de l’approbation, par le Parlement, de sa déclaration de politique générale. Les choses sérieuses vont-elles donc commencer ? 

De l’avis général, à commencer par le président de la République, si l’on en croit ses propos rapportés par ceux qui l’ont rencontré, le dialogue est une nécessité pour permettre au pays d’avancer. Les onze années d’Ould Abdel Aziz à la tête du pays ont été marquées par une tension, voire une escalade, entre lui et son opposition. Il faut tourner cette page dans l’intérêt du pays.

La dernière présidentielle a démontré que le pays connaît de sérieux problèmes politiques, économiques et sociaux. Tous les candidats ont abordé, dans leur programme de campagne, les questions de l’unité nationale – nécessité de la consolider et de la renforcer –et de l’esclavage, contre lequel un arsenal juridique a été adopté mais toujours en attente des effets escomptés.

La preuve est là, avec un cas d’esclavage présumé récemment porté à l’opinion mauritanienne. Autres questions centrales, la gestion des ressources et la répartition équitable des profits qui en sont tirés. 

Tous les candidats ont déploré l’état lamentable des secteurs de l’éducation, comme ils ont épinglé la formation professionnelle et le taux endémique du chômage des jeunes. La nécessité de mettre en place une armée républicaine véritablement nationale, ouverte à tous les fils du pays, a été abordée par certains candidats.

Pour la première fois, la question du vivre ensemble s’est invitée au débat et les résultats de l’élection ont démontré l’existence d’un fossé entre les composantes du pays : Maures et Négro-africains doivent – c’est une urgence – s’affranchir de leurs préjugés, de leurs perceptions souvent négatives des uns des autres, comprendre qu’ils sont condamnés à vivre ensemble en ce pays qu’ils ont bâti contre vents et marées… 

La présidentielle a dressé un tableau trop surchargé, il faut tout ou presque effacer… et recommencer. Evitons la politique de l’autruche et la fuite en avant ! Ce n’est possible qu’à travers un dialogue inclusif, sérieux et crédible dont le format restera à définir entre les partenaires.

Le gouvernement ne peut plus être juge et partie ; il ne peut pas décider seul de qui doit y prendre part ; les états généraux de la Transition 2005-2007 doivent servir d’exemple et d’appoint mais avec la garantie de mettre réellement en œuvre les résolutions. 

Mauvais signal

A cet égard, on connaît les limites de la commission de suivi des accords de dialogue entre le pouvoir et l’opposition sous Ould Abdel Aziz. Le dialogue politique avait été remis au goût du jour le lendemain de la présidentielle du 22 Juin, mais une controverse, pour ne pas dire quiproquo, est venu vite le couvrir, une fois encore, d’un hideux voile. 

Les rencontres, entre le président d’IRA, le député Biram Dah Abeid, et le président de la commission de suivi de l’UPR ; puis entre Kane Hamidou Baba, président du CVE, et Mohamed ould Abdel Aziz, à quelques jours de son départ du Palais ; sont restées sans effet.

Normal, puisque Ould Abdel Aziz s’apprêtait à débarrasser le plancher, lui qui passa dix années à(dés-)organiser et vivifier (enterrer ?) le dialogue. Nombre d’observateurs se demandaient d’ailleurs à quel jeu Ould Abdel Aziz se prêtait, à quelques jours de son départ du pouvoir.

De son côté, le président Ghazwani s’était suffi à exprimer sa disponibilité au dialogue, lors de son discours d’investiture, le 1erMars dernier, avant de se murer dans son silence habituel, s’abstenant même d’en parler lors de sa prestation de serment, le 1er Août. Aujourd’hui, il prend officiellement position pour le dialogue. 

Encore dans l’expectative depuis qu’il a pris le pouvoir, les Mauritaniens l’attendent au tournant. Près de quarante-cinq jours qu’il occupe la place de son prédécesseur, toujours rien ou presque ne présage l’avenir, rien à initier ne serait-ce qu’un début de satisfaction des nombreuses attentes des Mauritaniens, à commencer par ceux qui ont contribué à l’élire à la présidence.

On peut trouver les Mauritaniens pressés, attentifs à leur adage : « un plat qui s’annonce succulent doit sentir bon avant d’être servi ». Mais, à cette heure, on tend en vain le nez…

Enfin, si Ould Abdel Aziz fut qualifié de sourd aux plaintes des Mauritaniens, dix ans durant, Ghazwani, à l’orée, lui, de son premier mandat, les laisse interrogateurs sur ses véritables intentions.

Ceux qui l’ont rencontré le trouvent même « déroutant ». Et sa récente décision de nommer l’ancien ministre des Finances Ould Djay à la tête de la SNIM a fait l’effet d’une douche froide. Elle est interprétée comme un mauvais signal, tant par ses soutiens que par les observateurs avertis. Que mijote donc le général ?