08-08-2019 10:46 - Nouveau rapport GIEC : "Le réchauffement climatique met en danger la sécurité alimentaire mondiale"

Écrit par Eclairage le . Publié dans Politique

L'Echo - Comment la gestion des terres agricoles contribue-t-elle au réchauffement climatique? Et comment peut-elle le combattre? Un nouveau rapport du Giec, diffusé ce jeudi, fait le point sur la manière d'assurer la sécurité alimentaire mondiale malgré le réchauffement climatique.

On se souvient du rapport du Giec sur l'objectif de contenir le réchauffement de la planète à 1,5°C, publié en octobre 2018. Il avait provoqué un réveil de la population et des manifestations de centaines de milliers de personnes à travers la planète.

Les 195 pays membres du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) publient ce jeudi un nouveau rapport portant cette fois sur l'utilisation des terres agricoles et des forêts comme cause, mais aussi comme solution aux changements climatiques. 

Ce rapport est disponible en ligne. Le document, de 1.200 pages, a été rédigé par 107 experts de 52 pays sur base de 7.000 publications scientifiques. Un résumé de 60 pages, destiné aux décideurs politiques, est aussi accessible.

La terre est une ressource critique", disent d'entrée de jeu les scientifiques. "Elle est mise sous pression par les humains et le changement climatique, mais elle fait partie de la solution."

Pour les scientifiques, "le changement climatique s'aggrave" et le conserver à un niveau acceptable ne pourra arriver que si on contient la hausse de la température de la planète sous les 2°C, grâce à une réduction des gaz à effet de serre dans tous les secteurs, y compris la terre et l'alimentation.

Un quart des émissions de gaz à effet de serre

L’agriculture, la sylviculture et d’autres types d’utilisation des sols représentent 23% des émissions humaines de gaz à effet de serre. Si on ajoute l'industrie alimentaire, cette proportion monte à 37%. Dans le même temps, les processus terrestres naturels absorbent du dioxyde de carbone équivalent à presque un tiers des émissions de dioxyde de carbone provenant des combustibles fossiles et de l’industrie.

"Le réchauffement climatique crée un défi majeur qui met en danger la sécurité alimentaire mondiale", déclare un expert du Giec, "le changement climatique réduit les espaces de culture, augmente les prix des biens agricoles et atteint toute la chaîne alimentaire".

"Un réchauffement au-dessus de 1,5°C représente de hauts risques sur la sécurité alimentaire. Au-dessus de 2°C, ils sont très hauts", précise Valérie Masson-Delmotte, coprésidente du groupe 1 du Giec, docteur en physique des fluides et des transferts.

Le rapport dénonce aussi le mode de consommation. "Un tiers de la production alimentaire mondiale est jetée", disent les scientifiques.

Désertification, épuisement des terres agricoles par des techniques intensives, destruction des forêts... Les symptômes sont nombreux et précipitent la planète vers des mutations majeures qui rendront la vie plus difficile. Le Giec s'est penché depuis vendredi dernier durant une session marathon sur la manière d'assurer la sécurité alimentaire de la population mondiale, qui atteindra 11 milliards d'individus en 2100, tout en luttant contre le réchauffement climatique. 

Miser sur la bioénergie

"Nous avons travaillé une centaine d'heures d'affilée sur le sujet. C'est un rapport très spécial et ce fut travail intense", nous a confié Jean-Pascal van Ypersele, ancien vice-président et membre du Giec, à la sortie des négociations. "Il porte sur tout ce qui touche aux terres. La désertification, les sols, l'effet du changement climatique sur les villes, les vagues de chaleur, les feux de forêt, la gestion de l'eau... On y trouve les causes du réchauffement, mais aussi des solutions pour prévenir et gérer le problème."

Pour y parvenir, le rapport propose entre autres de miser sur la bioénergie, les énergies produites à partir du bois, des produits organiques ou des déchets agricoles, qui permettent de produire de l'énergie tout en réduisant le CO2. "Cela fait partie d'un portefeuille de solutions possibles nécessaires pour contenir un réchauffement à un niveau bas", dit Valérie Masson-Delmotte.